‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 123 sur 160 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

H1LDUIN A-T-IL INVENTÉ L'ARÉOPAGITISME? (SUITE.)

Sommaire. 1. Tradition aréopagitique depuis Hilduin. — 2. Témoignage du martyrologe de Wandalbert. — 3. Traité contre les Grecs, d'Enée, évêque de Paris. — 4. Concile de Poissy (862). — 5. Concile de Liège. — 6. Actes de saint Eugène pr; évêque de Tolède. — 7. Chronique de Rollon. — 8. Discussion du texte de cette chronique. — 9. Vie de saint Maïeul, par saint Odilon, abbé de Cluny.

— 10. La tradition aréopagitique prévaut généralement pendant les six siècles qui suivent. — 11. Incident d'Abélard. — 12. Appréciation de cet incident. — 13. Lettre d'Abélard en faveur de l'aréopagitisme. — 14. Valeur de l'objection tirée de l'incident d'Abélard à Saint-Denys. — 15. Innocent III et le douzième concile œcuménique. — 1G. Lettre d'Innocent III. — 17. Objection du P. Sirmond tirée de cette lettre. — 18. Valeur de cette objection.

— 19. La tradition aréopagitique n'a pas été interrompue par la lettre d'Innocent III. — 20. Témoignages de l'Eglise grecque en faveur de l'aréopagitisme. Les Menées. — 21. Michel Syncelle. — 22. Objection de Launoy contre le témoignage de Michel Syncelle. Invraisemblance de l'hypothèse de Launoy. — 23. Michel Syncelle n'a pas copié Hilduin. — 24. Passion de saint Denys attribuée à Métrodore. — 25. Témoignage de l'historien Nicéphore. — 26. Témoignage de Siméon Métaphraste. — 27. La Vie de saint Denys l'Aréopagite , par Siméon Métaphraste, citée au concile œcuménique de Florence , seizième général. — 28. Consécration implicite du témoignage de Siméon Métaphraste , qui ressort de ce fait. — 29. Conclusion. L'Eglise romaine ne pouvait ni ne devait répudier la tradition aréopagitique.

Tradition 1 . Il n'est pas sans péril , pour les adversaires de depXISiduin. l'aréopagitisme, d'aborder l'examen de la tradition.

Soit qu'on la suive dans la série des siècles antérieurs à Hilduin, soit qu'on recueille ses échos dans l'âge contemporain de cet abbé de Saint-Denys, soit qu'on en descende le cours dans les siècles postérieurs, on re-

SAINT DENYS L'ARÉOPÀGITE. CHAPITRE VII. 223 trouve toujours un enseignement identique; elle répond toujours par une affirmation précise; saint Denys? premier évêque de Paris, est toujours pour elle le même que l'Aréopagifce.

2. En 842, Wandalbert, moine de Pruym, écrit son JSpog martyrologe1, dont un texte contemporain vient préci- dcWandalberl sèment d'être retrouvé par M. l'abbé Arbellot, conjointement avec l'hymne de saint Eugène III de Tolède , dans le manuscrit déjà cité 2832. Yoici le témoignage de ce contemporain d'Hilduin : « Ce jour est célèbre par » le triple et glorieux martyre de saint Denys et de ses » compagnons, dont l'univers entier redit la victoire. y> La Gaule honore en saint Denys, son apôtre, le dis- » ciple de saint Paul , qui vint évangéliser ce pays » avec deux autres ministres fidèles2. » Ainsi parle, cinq ans seulement après la date des Aréopagitiques d'Hilduin, un religieux du monastère de Pruym, qui s'était imposé la tâche de composer en vers latins un martyrologe; l'autorité de cet ouvrage fut tellement considérable en Allemagne, qu'on l'attribua longtemps au vénérable Bède3, Or, en supposant que Wandalbert connût dès lors le texte des Aréopagitiques d'Hilduin, ce qui n'est guère vraisemblable à une époque où les

1 Wandalberti Prumiensis monachi martyrologium. Préface de d'Achery. Spicilegii , t. II. — Patrol. lat., tome CXXI, col. 576. 2Octobris9. — His quoque martyrio insigni trino que coruscant Orbem templa suo lustrantia lumine cunctiun Dionysius, aethereo qui splendet honore.

Gallia doctorem , Paulo instituente , beatum Quem meruit, geinino comptuin junctumque ministro. (Wandalberti Martyrol. — Patrol. lai., t. CXXI, col. 614.) 3 « Ascripserant falso Wandalberti martyrologium venerabili Bedae.» C'est en effet sous le nom du vénérable Bède que ce martyrologe fut imprimé pour la première fois en 1563. (Ibid.)

manuscrits ne se prêtaient pas, comme les livres de nos jours, à une publicité rapide, croit-on que, si l'aréopagitisme eût été une prétention nouvelle, contredite jusque-là par la croyance générale, l'auteur d'un martyrologe écrit pour la Germanie, et qui n'avait nul intérêt à exalter les origines chrétiennes de la ville de Paris, eût voulu compromettre le crédit de son ouvrage en adoptant sans restriction une nouveauté si extraordinaire ! Les rivalités nationales éveillées sur la question eussent protesté contre cet acte de complaisance. Nous nous associons donc pleinement à la réflexion que le savant d'Achery a mise en note au bas de ce passage : « Wandalbert d, dit-il, suit évidemment » ici l'opinion vulgaire, qui identifie l'apôtre de Paris )> avec le Denys dont il est fait mention dans les Actes. » Les savants de nos jours ont voulu renverser cette » croyance, et ont prétendu faire de saint Denys de

» Paris le contemporain de l'empereur Dèce Quant

» à moi, il ne me paraît pas possible de rejeter, d'après » la seule autorité de saint Grégoire de Tours, ce que » Fortunat, évêque de Poitiers, a écrit, et ce qu'en 823 » les évêques des Gaules ont attesté au sujet de la mis- » sion de saint Denys par le pape saint Clément. » Il y avait donc en 842 une opinion vulgaire, indé-

1 Hic vulgarein opinionem sequitur Wandalbertus, scilicet priinum Parisioruui apostoluin haud diversum fuisse ab illo Dionysio , cujus mentio fit in Actis apostolorum. Quarn opinionem cum ex animis hominum evellere conarentur viri nostrà œtate doctissimi, Dionysium nostrum statuerunt Decio imperatori coœtaneuni fuisse... Sed quod Fortunatus Pictaviensis , quod deinde anno 823 Galliarum episeopi scripserunt , Dionysium in Gallias a Clémente, urbis Romae episcopo missum esse, sola Gregorii Turonensis auetoritate convelli non posse mini quidem videtur. (D'Achery. In MartyroL Wandalbert. Nota, ad diem 9 octobris. Spicileg., t. II. — Patrol. lat., t. GXXI, col. 614.)

CHAPITRE VII. 225 pendante des écrits d'Hilduin, qui admettait l'aréopagitisme, et cette opinion vulgaire trouve un écho dans le martyrologe de Wandalbert. Il y avait aussi en plein dix-septième siècle des savants comme d'Àchery (1609-1685), qui, malgré toute la polémique de Launoy et de Sirmond, restaient convaincus de la réalité de la mission de saint Denys par saint Clément, et du peu d'importance du fameux texte de saint Grégoire de Tours dans cette question .

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