Nous avons déjà mentionné le titre qu'Enée, Traité contre
J les Grecs d Enee,
évêque de Paris, contemporain d'Hilduin, inscrivait en ^vèquede Paris, tête de son Traité contre les Grecs if en énonçant qu'il occupait le siège de saint Denys l'Aréopagite, apôtre des Gaules, envoyé de Rome par saint Clément. Cet ouvrage est une apologie de la tradition catholique au sujet du dogme de la procession du Saint-Esprit, et de l'obligation du célibat ecclésiastique. Enée s'y élève avec énergie contre le génie insidieux de l'école byzantine, « qu'on trouve toujours prêt, dit-il, à répudier » l'enseignement de la catholicité, et à soulever des » questions nouvelles2. » — « Qu'on parcoure, ajoute- » t— il, les recueils des saints canons; qu'on interroge la » série des histoires ecclésiastiques, et l'on sera bientôt » convaincu que l'Orient a été de préférence la patrie » des hérésiarques. 5 »
1 iEneas, Parisiacensis urbis episcopus , quo priinus praesedit S. Dionysius a Paulo apostolo Atheuieusium consecratus arebiepiscopus , sed a sancto Clémente totius G alliée constitutus apostolus ; pacem et gloriam catholicee fidei cultoribus. (JEnead, Paris, episc. opéra. — Patrol. lat., t. GXXI, col. 685-)
2 His autem qui ab arce totius christianitalis deviare videntur, novasque adiuveniuut quœstiones. (iEneee. Paris episcop. Liber adversus Grœcos. Prsefatio. — Patrol. lat., t. CXXÏ , col. 687.)
3 Ibid. col. 686.
En vérité, nous ne comprendrions pas comment l'évêque de Paris, traitant une pareille matière, aurait débuté par une prétention aussi nouvelle que l'eût été l'aréopagitisme, s'il venait seulement d'être inventé par Hilduin. N'était-ce pas frapper d'une condamnation anticipée un livre entrepris pour la défense de la tradition, que de le publier sous un titre contredit par toute la tradition? Comment protester avec autorité contre les esprits orgueilleux qui introduisaient sans cesse des questions nouvelles , quand on eût donné soi-même l'exemple de ces ambitieuses nouveautés? Gomment invoquer les témoignages de toute l'histoire, quand on eût soi-même adopté une prétention contredite par tous les témoignages de l'histoire? Le Traité contre les Grecs atteste une érudition profonde, non-seulement pour le siècle où il parut, mais pour tous les siècles possibles. Les citations des Pères grecs et latins qu'on y rencontre à chaque ligne, en concurrence avec celles de l'Ecriture sainte, des décrétales, des canons des conciles1, forment un ensemble compacte et comme un arsenal théologique où la vérité est solidement établie. Et l'on voudrait que l'auteur d'un ouvrage qui accuse la plus vaste connaissance de la tradition catholique et de ses sources, eût été séduit, comme un esprit vulgaire, par l'imagination incohérente d'un moine intrigant, qui inventait à l'Eglise de Paris des origines fabuleuses, démenties par toutes les traditions antérieures !
concile de Poissy 4. Il y a plus : au moment où Enée de Paris venait d'écrire son Traité, et d'y prendre publiquement le titre
1 Nous avons compté dans ce Traité , qui n'occupe cependant que 77 colonnes du format de la Patrologie, plus de quatre cents citations de ce genre.
CHAPITRE VII. 227 de successeur de l'Aréopagite, im synode des évêques de France se réunissait à Poissy (862), en présence de Charles-le-Chauve, pour la confirmation des privilèges de l'abbaye de Saint-Denys. « Plus de trente évêques, » dit le P. Sirmond , réunis des diverses provinces de » France, souscrivirent cet acte *, » Or, on se demande comment tous ces prélats ne protestèrent point contre l'ambitieuse souscription d'Enée de Paris. S'ils eussent été persuadés que saint Denys de Paris était différent de l'Aréopagite ; si telle eût été jusque-là, comme on voudrait le soutenir, la tradition unanime et constante de la France; si l'opinion contraire eût seulement daté d'Hilduin ; il eût été impossible que l'épiscopat de France oubliât ainsi les droits de la vérité dont il était le défenseur naturel , et qu'il eût autorisé , par son approbation , une nouveauté erronée et inouïe. Les conciles sont les gardiens fidèles de la tradition : il n'y a pas d'exemple d'une seule nouveauté de ce genre, dans l'histoire ecclésiastique, introduite subrepticement , sans éveiller les réclamations des premiers pasteurs. Mais la discussion contre l'aréopagitisme a eu jusqu'ici cette rare fortune de violer toutes les règles admises, de passer outre à toutes les impossibilités, de réunir toutes les invraisemblances, et de triompher néanmoins malgré tant d'obstacles accumulés.
5. Ce que le synode de Poissy reconnaissait comme Condie de uége la croyance unanime de la France, un concile tenu à
1 Synodus Pistensis. — « Inde synodus Regalis appellatur, in Privi- )> legio de libertate sancti Dionysii, quia rex (Carolus Calvus) aderat; » et synodus universalis , quia ex diversis provinciis convenerant » episcopi, qui Privilegio eidem subscribunt, numéro amplius tri- » ginta.» (Sirmond. Capitula Garoli-Calvi. Paris. 1623, ad notas, p. 64.)
Liège, sous la présidence de l'évêque Etienne (vers 910), le proclamait comme la tradition unanime de l'Allemagne. Les Actes de saint Eugène Ier de Tolède y furent lus, et solennellement approuvés, comme l'expression de la vérité historique et de la foi de la Germanie1. Or, les Actes de saint Eugène Ier de Tolède s'expriment ainsi : « Après que l'apôtre Paul eut converti le bien- » heureux Denys à la foi du Christ, et l'eut ordonné » évêque d'Athènes, il se rendit à Rome, où il ne tarda » pas à consommer son martyre. Dans l'espérance de » le revoir, Denys vint plus tard à Rome; mais les » bienheureux Pierre et Paul avaient déjà reçu la cou- » roime éternelle ; et il trouva saint Clément en pos- » session de la chaire apostolique. Fortifié de sa béné- » diction et ayant reçu de lui la mission d'évangéliser » les Gaules , en compagnie de plusieurs autres évê- » ques, prêtres et diacres, il arriva à Arles, d'où il en- » voya Eugène à Tolède2. » Tel fut le texte lu devant les Pères du concile de Liège. Quelques reliques de saint Eugène rapportées par saint Gérard, abbé de Rrome3, et dont il fallait reconnaître l'authenticité, avaient
1 Ejus prœclara gesta, recognita in concilio Leodiensi, in ecclesià jussa sunt legi. {Acta S. Girardi, abbatis Bromiensis, cap. xiv, apud Surium, t. V, die 3 octobris. Cf. Baronii. Ad Martyrol. Rom., nota, p. 51G. )
2 Postquam beatum Dionysium Paulus apostolus ad fidem Cbristi convertit, et Athenarum profecit episcopuin, Romam adiit, ubi non longe post martyrium sumpsit. Cujus desiderio beatus Dionysius illus pergens, beatum Petrum ac eumdem Paulum martyrio coronatus invenit, sanctumque Clenientem apostolicos sedis cathedra sublimatum reperit : cujus benedictione roboratus , apostolatuque ab eo Galliee suscepto , cum pluribus coepiscopis , et presbyteris et diaconibus, Arelatensem civitatem usque pervenit... Eugenium vero Toletum mittere studiunt. [Acta S. Eugen. apud Sur., t. VI, ad 17 novembr. )
3 Abbaye du diocèse de Liège.