‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 129 sur 160 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

» le privilège singulier d'avoir eu pour patron saint

» Denys l'Aréopagite. Je leur répondis que je ne disais

» pas cela, mais qu'au surplus il importait peu que

» Denys fût sorti de l'Aréopage, ou qu'il fût venu

» d'ailleurs ; l'important était qu'il eût mérité de Dieu la

» couronne du martyre. Les moines s'empressèrent

» alors de courir à leur abbé pour m'accuser du propos

» qu'ils me prêtaient eux-mêmes. Celui-ci accueillit

» avec plaisir leur réclamation ; les frères furent réunis

» aussitôt en chapitre ; on me menaça d'en référer au

» roi, pour qu'il pût tirer de moi une vengeance écla-

» tante, comme si j'eusse ravi la gloire et la couronne

» de son règne \ »

1 Fortuitu namque mihi quâdam die legenti, occurrit qugedani Bedse senteotia, quà in Expositione Actuum apostolorum asserit Dionysium Areopagitam Corinthiorum potius quam Atheniensium fuisse episcopum. Quod valde eis contrarium videbatur, qui suum Dionysium esse illum Areopagitam jactitant, quem ipsum Atheniensem episcopum gesta ejus fuisse profitentur. Quod cum reperissem, quibusdam circumstantium fratrum quasi jocando monstravi, testimoniurn scilicet illud Bedrc quod nobis objiciebatur. llli vero valde indignati dixerunt : Bedam mendacissimum scriptorem, et se Huldonium [ al. Hilduinuin et recte ] abbatem suum veriorem habere testem , qui, pro hoc investigando, Graeciam diu perlustravit, et rei veritate agnita in gestis illias, quœ conscripsit, hanc veraciter dubitationem removit. Unde cum unus eorum importanà interrogatione pulsaret; quid mihi super haec controversia , Bed;e videlicet atque Huldonii videretur, respondi : Bedœ auctoritatem , cujus scripta universœ latinorum fréquentant Ecclesiae, graliorem mihi videri. Ex quo illi vehementer accensi clamare caeperunt , nunc me patenter ostendisse , quod semper monasterium illud nostrum infestaverim , et quod nunc maxime toti regno derogaverim , ei videlicet honorem illum auferens , quo singulariter gloriaretur, cum eorum patronum Areopagitam fuisse denegarem. Ego autem respondi : Nec me hoc denegasse, nec multum curandum esse utrum ipse areopagita , an aliunde fuerit, dummodo tantam apud Deum adeptus sit coronam, Illi vero ad abbatem statim concurrentes, quod mihi imposuerant [al. imposituri erant] nuntiaverunt. Qui libenter hoc audivit... Tune concilio suo congregato, et fratribus congregatis, graviter mihi com-

Appréciation 12. Le passage du vénérable Bède qu'Abélard croyait

e cet incident. . 77-

découvrir avait ete cite par Huldoin ou Hildum, dont les travaux paraissaient alors assez mal connus du célèbre théologien. Bède, qui avait confondu dans son Exposition des Actes des apôtres, Denys de Gorinthe avec Denys évêque d'Athènes, avait depuis reconnu son erreur, et l'avait solennellement rétractée en disant, dans son Martyrologe. «Denys FAréopagite, instruit » par saint Paul, embrassa la foi de Jésus-Christ et fut » ordonné par ce même apôtre premier évêque d'A- » thènes1. » Hilduin avait réellement signalé et l'erreur et la rétractation de Bède en cette circonstance. C'était donc en effet une question éclaircie. Les moines auxquels s'adressait Abélard le savaient, et possédaient mieux que lui les éléments d'une controverse qu'il soulevait ainsi témérairement, à propos d'une découverte qui n'en était pas une. L'éclat produit dans l'abbaye par cet incident s'aggrava sans doute de toute la réputation d'Abélard, qui donnait aux sentiments personnels de ce grand homme une valeur plus considérable. Mais on pouvait en appeler d'Abélard mal informé à Abélard mieux instruit de la question. Ce qu'un premier mouvement d'amour-propre froissé avait pu mettre d'aigreur dans son esprit, s'apaisa promptement dans le calme de l'étude : et voici la lettre qu'il adres-

minatus est, et se ad regem cum festinatione missurum dixit, ut de me vindictam sumeret, tanquam regûi sui gloriam et coronam ei auferente. (Pétri Abselard. Histor. Calamit., cap. x. — Pair, lat., t. GLXXVIII, col. 134-135.

1 Natale S. Dionysii Areopagitae , qui ab apostolo Paulo instructus credidit Christo, et primus Athenis ab eodem apostolo episcopus est ordinatus. (Bedae venerab. Marhjrol, ad diem 3 octobr. — Patrol. lat., t. XGIV, col. 1062.)

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