CHAPITRE VII
sait, un an après, de sa retraite de Provins, à l'abbé de Saint-Denys*.
13. «A son très-cher Père, Adam, par la grâce de d^Zd » Dieu, abbé du monastère des très-glorieux martyrs i^éo^gîtisme. » Denys, Rustique et Eleuthère, dont les corps y re- » posent : Pierre [Abélard], moine de profession, pé- » cheur de vie, que la grâce et la paix de Dieu notre » Père et de Jésus-Christ Notre-Seigneur soient avec » vous.
» Souvent l'erreur d'un seul écrivain se propage » dans un grand nombre d'esprits : les hommes enr> clins au mal se laissent plus facilement entraîner » par un seul guide dans une fausse voie, qu'ils ne se » laissent conduire à la vérité par une multitude de » témoins. C'est ainsi que plusieurs se refusent, d'après » la seule autorité de Bède, à admettre la vérité sur » saint Denys FAréopagite, et rejettent par malice ou » par ignorance le témoignage d'auteurs plus dignes » de foi. Bède, en effet, dit que saint Denys l'Aréopa- » gite fut évêque de Corinthe, tandis que d'autres his- » toriens, dont l'autorité est beaucoup plus considé- » rable, s'accordent à le faire évêque d'Athènes, et
1 « Abélard, après son évasion de Saint-Denys, écrivit de Provins » à son abbé pour rétracter l'opinion qu'il avait hasardée touchant » l'apôtre des Gaules. Dans cette lettre il s'applique à prouver que » Bède, qui lui avait auparavant servi de guide , s'est mépris en con- » fondant saint Denys l'Aréopagite avec saint Denys de Corinthe. Gela » est manifeste, dit-il, puisque le dernier est mort sous Marc-Aurèle, » c'est-à-dire vers le milieu du deuxième siècle, ce qu'il démontre par » diverses autorités. » (Histoire littér. de la France, t. XII, p. 86 et » seq. ) « Il prétend de plus, mais sans fondement, ajoutent les w savants Bénédictins, que Bède a depuis révoqué cette opinion dans » son Commentaire sur les Actes des apôtres. » En effet , ce n'est point dans son Commentaire que Bède a retracté cette opinion, mais dans son Martyrologe, dont nous avons cité plus haut le texte.
» prouvent que l'Aréopagite et l'évêque de Corinthe » sont deux personnages absolument distincts. Nous a allons citer le texte même des témoignages, et exa- » miner leur valeur relative.
» Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique, liv. IV, » chap. xxiii, s'exprime ainsi : Il nous faut parler » maintenant de saint Denys, évêque de Corinthe, dont » la science et la grâce spéciale qu'il avait reçue de » Dieu pour le ministère de la parole, profitèrent non- » seulement aux peuples qu'il avait mission de diriger, » mais aux chrétientés lointaines auxquelles il adressa » des épîtres.
» Or, nous avons de saint Denys de Corinthe une » épître aux Lacédémonîens, De fide catholicâ, et une » autre aux Athéniens, dans laquelle il exhorte les » vieillards à embrasser la foi de l'Evangile. Dans » cette lettre, il parle de saint Denys l'Aréopagite, qui » fut converti par saint Paul, et crut en Jésus-Christ, » ainsi que nous l'enseignent les Actes des apôtres, et » il ajoute que ce Denys l'Aréopagite fut ordonné par » saint Paul lui-même, premier évêque d'Athènes!
» Saint Jérôme, cet illustre docteur de l'Eglise, » dans son livre : De viris illustribus, parle de saint » Denys de Corinthe en ces termes : Denys, évêque de » Corinthe, se distingua par son éloquence et le zèle » qu'il apportait à instruire non-seulement les peuples » qui lui étaient confiés, mais encore ceux des pro- » vinces et des villes étrangères, auxquels il adressa » des épîtres, dont il nous reste celle aux Lacédémo- » niens et celle aux Athéniens. — Il florissait, ajoute » saint Jérôme, sous le règne de Marc-Antonin Verus y> et de Lucius-Aurelius Commode.