CHAPITRE VII
14. Telle est la substance de cette lettre d'Abéiard, de ™£crtion dont les adversaires de l'aréopagitisme se sont bien tiréJ,^j;^ent gardés de parler. Il suffisait au besoin de leur cause d'exploiter l'incident qui avait tout d'abord si profondément irrité le génie ombrageux du célèbre théologien; ils passaient sous silence cette lettre, qui peut donner une idée de la dialectique précise et serrée d'Abéiard, et qui ne laisse pas une ressource à ceux
tur : « In quibus et Dionysius Areopagita ( Act. XVII, 34. ) » ait sic : « Hic est Dionysius , qui in episcopatu ordinatus , Corinthiorum glo- » riose rexit Ecclesiam, multaque ad utilitatem Ecclesiœ pertinen- » tia, quœ hactcnus manent, ingenii sui volumina reliquit, cognomen » a loco cui prœerat accipiens. Areopagus eniin est Athenarum » cuna, nomen a Marte trahens. Siquideni greece Mars "Apvj;, villa » dicitur Tcàyoç.... » Videntur autem duae supra positœ auctoritates , quœ sibi consonae sunt, auctoritati omnino Bedœ contrariée. Ex illis quippe aperte convincitur alium fuisse Dionysium Areopagitain, alium Dionysium Corinthiorum episcopum. Nam, juxta Ecclesiasticam Historiam , Dionysius Corinthiorum episcopus de Dionysio Areopagita Bcripsisse perhibetur, et ibidem Dionysius Areopagita AthenieDsium episcopus fuisse perhibetur. Nec minus ex verbis Hieronymi alium hune esse, quam illum apparet; cum videlicet dicat Dionysium Corinthiorum episcopum sub Marco Antonino et Lucio Auvrelio claruisse. Constat quippe Dionysium Areopagitam , qui prœdicatione Pauli conversus est, tempore Christi et apostolorum extitisse... A tempore autem Tiberii Caesaris , sub quo Dominus passus est, usque ad tempora prœdictorum imperatoruin, sub quibus Dionysius Corinthiorum episcopus claruisse dicitur, amplius quam centum sexaginta annos chronicorum supputatio assignat , ut nequaquam tanto tempori vita prœdicti viri sufficeret... Ex quo liquide colligitur alium Dionysium Areopagitam, alium Dionysium Corinthiorum episcopum exstitisse. Atque ita prœdictorum auctorum sententiis, Bedœ refellimus opinionem, cum et illorum longe gravior auctoritas sit... Denique... Bedam veracem poterimus tenere , ita quidem , ut unus ex Dionysiis Corinthiorum episcopis et Dionysius Areopagita idem sit, de quo Beda scribit , et in diversis temporibus idem Athenis et Corintho prœesset episcopus, et postmodum à sancto Clémente Galliarum sit ordinatus apostolus; alius vero... ille fuerit Corinthiorum episcopus, de quo Ecclesiastica Historia et Hieronymus memiuerunt. (Petr. Abaelard. Epistol. XI. — Patrol. lat., t. CLXXVIII, col. 341-342-343-344.)
qui seraient tentés d'invoquer dans la controverse le passage erroné dont il est question ici. De bonne foi, nous demanderons si Ton est en droit de redire qu'Abélard a protesté contre la tradition aréopagitique , et s'il n'en est pas au contraire l'un des plus illustres défenseurs, puisque c'est par l'examen approfondi des objections qu'il est arrivé à en reconnaître la vérité.
et le XIIe concile
15. L'incident d'Abélard ne tint pas, on le voit, tout œcuménique. ce ^ Laun0y aimait à s'en promettre ; celui d'Innocent III, dont nous allons parler, fut relevé avec la plus vive énergie par le P. Sirmond. « Vous produisez, » disait-il aux religieux de Saint-Denys, une lettre » d'Innocent III, tirée de vos archives. Mais au juge- » ment de tous les gens sensés, c'est un témoin domes- )) tique dont la déposition est contre vous1. »
Voici cette lettre et les circonstances dans lesquelles elle fut écrite.
En 121 5, Innocent III avait voulu couronner les actes glorieux de son pontificat par la célébration d'un concile, qui fut le douzième œcuménique, et le quatrième de Latran. L'Orient et l'Occident, représentés par centdouze évêques, tous les patriarches en personne, ou leurs légats ; les principaux chefs d'ordre ; une multitude d'abbés, de prieurs; les députés des collégiales et des chapitres ; les ambassadeurs des empereurs d'Allemagne et de Gonstantinople ; ceux de tous les souverains de la catholicité, se réunirent à Rome sous la
1 De Innocentio III, et de illa ejusdem epistola, quam ex tabulario vestro depromptam inter cœteras edidistis, quodnam non insulsorum hominum putatis esse judicium? Testem nempe vos domestieuni, sed contra vos ipsos produxisse. (Sirmond. Dissertât, de duobus Dionysiis. Edit. jam cit., p. 49. )