CHAPITRE VII
révélée par le fait suivant. L'Orient et l'Occident, représentés d'un côté par l'empereur Jean Paléologue, accompagné du patriarche de Constantinople et des évêques des principaux sièges d'Asie; de l'autre, par les ambassadeurs des puissances de l'Europe et un grand nombre de prélats s'étaient réunis sous la présidence du pape Eugène IV (1438-1439), au concile de Florence, seizième œcuménique, pour mettre fin au schisme de Photius, et sceller la réconciliation de l'Eglise grecque avec l'Eglise latine. Le dogme de la procession du Saint-Esprit, jusque-là repoussé par les schismatiques , fut naturellement l'objet de la discussion la plus approfondie. André, évêque de Rhodes, fut l'un des orateurs qui prirent la part la plus active dans la controverse. Après avoir établi, par le texte des symboles de la foi, par les décrets et les définitions des conciles, la vérité du dogme contesté, il rappela aux Grecs les témoignages conformes, tirés des ouvrages de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Athanase, de saint Jean Chrysostome. « Je pourrais, » ajouta-t-il, multiplier les citations des Pères de l'E- » glise d'Orient , qui tiennent le même langage. Mais » comme vous tenez, avant tout, à rencontrer le terme » même de procession (procedere) , je veux reproduire ». les passages de quelques-uns de vos docteurs, qui » affirment que le Saint-Esprit procède du Fils, me ré- » servant de vous en fournir en temps opportun un plus » grand nombre. Qu'on lise donc en ce moment un texte » qui est récité chaque jour dans nos églises , je veux » parler du texte de Siméon le Métaphraste. Yous avez » sa Vie de saint Denys. Ecoutez les paroles qu'elle ren- » ferme. Yous prononcerez ensuite votre jugement. »
Consécration implicite de l'aréopagitisme par
le XVIe concile œcuménique.
« Le lecteur du concile lut donc aux Pères le passage suivant : »
» La conversation corporelle du Sauveur avec les » hommes prit fin, et le règne de l'Esprit-Saint com- » mença; mon Sauveur Jésus- Christ remonta aux » cieux et reprit sa place sur le trône de son Père. » L'Esprit-Saint, qui procède de lui, fut envoyé aux » disciples, pour les rendre les guides des Gentils dans » les routes de la foi. » — Après cette lecture, l'orateur reprit en ces termes :
« N'est-il pas évident, très-saints Pères, que ce texte » reproduit l'article du symbole, chanté par l'Eglise » latine, qui dit que le Saint-Esprit procède aussi du » Fils1. »
28. Certes la légitimité, l'authenticité, l'autorité de la Passion de saint Denys l'Aréopagite, par Siméon le Métaphraste, ne pouvaient être plus solennellement affirmées. Dans un concile œcuménique, on en produit le texte à côté de celui des plus illustres Pères de
1 Multi sunt patres orientales , quos proferre cum possimus , suo tempore reservaums : nunc quia tota vestra difficultas in eo est , ut ita dicam Procedere, inveniatur, afferemus quosdam ex vestris doctoribus ; quanquam multos in tempus aliud differimus postponendos : qui aperte dicunt, Spirituni Sanctum etiam ex Filio procedere. Et primuin legatur ille, qui a vobis quotidie legitur in ecclesiis, Simeon, inquani, Metaphrastes ; habetis vitam beati Dionysii : quid ergo ille dicat, audite ; et postmodum feretis judiciuin : — « Finem habent » ea, quae corporalis erant adventus, et incipiunt spiritalia; meusw que ad cœlos evehitur Ghristus , et patriam redit in sedem : ac Spi- » ritumqui ab ipso procedit , ad gentes quoenon credebant instituen- » das, mittit in discipulos. »
Ex hoc, patres, sequitur, hoc quod ille ait, Spiritum qui ab ipso procedit, idem esse ac illud, quod Romana canit ecclesia.
(Labbe. Sacrosancta Concilia. — ConciL Florent., t. XIII, col. 118- 119, in-fol., Paris, 1672.)