CHAPITRE VII
l'Eglise grecque; on appuie de son témoignage un dogme dont l'Orient, depuis tant de siècles, s'obstinait à rejeter la foi; en le citant, on rappelle aux patriarches, aux évoques orientaux, que sa lecture se fait quotidiennement dans les églises grecques ; que sa valeur est en conséquence d'autant plus considérable que sa notoriété est plus établie. Et, parmi cette assemblée, la plus illustre de l'univers; au sein de ces prélats venus des points les plus éloignés, des régions les plus diverses; au milieu de ces schismatiques qui apportaient à la discussion une chaleur d'autant plus vive que, pour un grand nombre, leur erreur était accompagnée de la bonne foi la plus entière, nulle voix ne s'élève pour rejeter comme un monument apocryphe la prétendue autorité de Siméon le Métaphraste et de la Passion de saint Denys. On ne répond pas à l'évêque de Rhodes que le témoignage si décisif est emprunté à une source altérée par l'ambition d'un abbé de Saint-Denys, nommé Ililduin, qui a falsifié les traditions, inventé des croyances inconnues avant lui, imposé à la crédulité de son siècle et légué aux âges suivants les fables absurdes dont il avait été le propagateur téméraire ! A moins de supposer ou une profonde ignorance ou une incroyable mauvaise foi dans cet auditoire, le plus auguste du monde (et à Dieu ne plaise que jamais un pareil blasphème ne souille notre plume!) il sera toujours impossible de ne pas voir dans le fait qu'on vient de citer la preuve la plus convaincante du crédit universel de la croyance à l'aréopagitisme dans les deux Eglises grecque et latine. C'est là la reconnaissance implicite de notre tradition, à laquelle nous faisions allusion plus haut, reconnaissance publique, avouée, incontes-
table dont les Actes du seizième concile œcuménique feront éternellement foi.
conciusiou. 29. Si, maintenant, résumant cette longue controverse, et voulant en rassembler les nombreux détails dans un coup d'œil général, on prête l'oreille aux échos du passé dont les voix diverses ont tour à tour répondu à notre appel, il nous semble que le lecteur a pu se convaincre 1° que l'aréopagitisme était antérieur à Hilduin; 2° qu'il est complètement étranger, par son origine, aux influences ambitieuses, aux vanités locales de quelques moines; 3° que les générations contemporaines d'Hilduin , aussi bien que celles qui les ont suivies, ont conservé la croyance à l'aréopagitisme, et que la prédominance de l'opinion contraire est relativement nouvelle ; 4° enfin que les témoignages de l'Orient et de l'Occident en faveur de cette tradition sont nombreux, authentiques, uniformes, et que le mot du P. H. de Sainte-Marie est vrai. « Quoi que puissent » faire les adversaires de l'aréopagitisme , les témoi- » gnages sont contre eux. » Or, en fait de tradition, les témoignages, quand ils sont contrôlés les uns par les autres, quand ils sont confrontés avec soin par la critique, quand ils sont désintéressés, impartiaux, spontanés; qu'ils proviennent des sources les plus diverses, des contrées les plus lointaines, en sorte qu'on ne puisse les soupçonner d'être l'œuvre d'une fraude locale ou d'une intrigue de clocher, les témoignages, dis-je, sont l'unique, la seule preuve de la vérité. Ils sont, on Fa vu, unanimes en faveur de l'aréopagitisme. Cette unanimité est telle, cet accord est si saisissant, que je ne sache pas un seul point d'histoire soumis à une discussion aussi minutieuse, aussi dé-