‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 14 sur 160 · CHAPITRE ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE ï

8. Commençons par le témoignage indiqué plus haut duconLc^rde,Arlcs par Baluze. Un siècle avant la naissance de saint Gré- JJ ^jJ^J^ goire de Tours, en l'an 450 , quand le grand pape (440)saint Léon inclinait, sous la majesté du successeur de saint Pierre , la formidable puissance d'Attila , dixsept évêques de la province d'Arles , réunis en concile , adressaient au Souverain-Pontife une lettre synodale , où ils exposaient les titres et les privilèges de leur métropole, attaqués par l'Eglise de Vienne. « C'est un » fait de notoriété publique, dans toutes les provinces » des Gaules, disent-ils, et qui n'est point ignoré par » l'auguste et sainte Eglise romaine (sacrosanctœ » Ecclesiœ romance) que, la première sur le sol » Gaulois, la cité d'Arles a eu l'honneur de recevoir » dans ses murs le prêtre saint Trophime, envoyé » par le bienheureux apôtre Pierre; et que, de là, » le don de la foi et de la religion de Jésus -Christ » s'est répandu peu à peu sur les autres contrées » des Gaules. Suivant en cela les antiques traditions, » les prédécesseurs de votre Béatitude ont confirmé, » par la promulgation de leurs décrets, les privi- » léges transmis à l'Eglise d'Arles par une ancienne » institution. Les archives du siège apostolique ont » sans doute conservé ces décrets. Vos prédécesseurs » étaient persuadés qu'en raison et en droit, de même » que l'auguste et sainte Eglise de Rome tient du » bienheureux Pierre, prince des apôtres, le prin- » cipat qu'elle exerce sur toutes les Eglises du monde, » ainsi, dans les Gaules, l'Eglise d'Arles, qui a eu » l'insigne faveur de recevoir le prêtre saint Trophime, » envoyé par les apôtres, peut revendiquer le privi- » lége d'ordonner les évêques. Elle exerce ce pri-

» vilége selon les règles de la religion la plus scru- » puleuse1. »

Faudra-t-il encore rejeter ce témoignage parfaitement authentique, clair jusqu'à l'évidence? Dix-sept évêques de la province d'Arles écrivent en 450 au pape saint Léon que le fait de la mission de saint Trophime par le bienheureux Pierre apôtre, a beatissimo Petro apostolo, est de notoriété publique dans les Gaules aussi bien qu'à Rome. S'il a été envoyé par saint Pierre, ce n'est donc pas en 250 qu'il est venu à Arles. Qu'on veuille bien remarquer l'expression dont se servent les dix-sept évêques, dans leur lettre synodale. Ils ne disent pas que saint Trophime a été envoyé par le siège apostolique, par la chaire de saint Pierre, par les successeurs de Pierre apôtre, mais ils restreignent la portée de leurs paroles de manière à ce qu'elles ne puissent être prises au sens figuré. On dit tous les jours : Pierre a parlé ; ce qui signifie : le successeur de saint Pierre, le pape, a prononcé la sentence. Mais ici c'est le bienheureux Pierre, prince des apôtres, qui est désigné :

1 Omnibus etenim regionibus Gallicanis notum est, sed nec sacrosanctae Ecclesiae romanee habetur incognitum, quôd, prima inter Gallias , Arelatensis civitas missum a beatissimo Petro apostolo , sanctum Trophimum habere meruit sacerdotem , et exinde aliis paulatim regionibus Galliarum donum fidei et religionis infusum. Quam quidem antiquitatem sequentes , prœdecessores Beatitudinis vestree hoc quod erga privilégia Arelatensis Ecclesiae institutio vetusta tradiderat , promnlgatis ( sicut et scrinia apostolicae sedis procul dubio continent) auctoritatibus confirmarimt : credentes plénum esse rationis atque justitiae ut , sicut per beatissimum Petrum , Apostolorum principem, sacrosancta Ecclesia romana teneret supra omnes totius mundi Ecclesias principatum , ita etiam intra Gallias Arelatensis Ecclesia, quse sanctum Trophimum ab Apostolis missum sacerdotem habere meruisset, ordinandi pontificium vindicaret. His secundum religionem utitur privilegiis Ecclesia memorata. (S. Léo. Epist. lxv, Patrol. latina, t. L1V, coi. 380, 881.)

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