CHAPITRE VIII
manuel aussi restreint présente des inexactitudes chronologiques, on le comprend facilement.
Le cardinal Bellarmin a relevé dans son livre : De Scriptoribus Ecclesiasticis une liste des erreurs de Sulpice-Sévère. « Il faut, dit-il, lire avec précaution » Y Histoire sacrée de cet auteur1 ; » et il justifie immédiatement cette parole, en la faisant suivre d'une longue nomenclature d'inexactitudes historiques et théologiques. Scaliger, s'est associé à ce jugement. « Sulpice- » Sévère, dit- il, à ne le considérer que sous le rapport du » style, est un des auteurs ecclésiastiques les plus élo- » quents ; mais sous le rapport de la fidélité du récit, on » rencontre dans ses ouvrages des erreurs importantes et » nombreuses. » Ipse Sulpicius ecclesiasticorum fuit purissimus scriptor, quoad nitorem eloquii nimirum; nam cœteroquin nœvi in illius scriptis plerique nec levés occurrunt, circa ipsam dictorum narrationem. Il était nécessaire d'insister sur ces réflexions préliminaires, que nous présentons , non pas certes pour rien enlever au mérite et à la gloire réelle d'un auteur qu'on a surnommé le Salluste chrétien, mais pour rétablir le droit de la vérité, qui est supérieur à toutes les considérations personnelles, et contre lequel nulle réputation ne peut prescrire.
3. Quoi qu'il en soit, voici les paroles de Sulpice- p*2^4reSreiâ- Sévère. « Sous Marc-Aurèle, fils d'Antonin, éclata la ^^^Sïon* » cinquième persécution générale. Ce fut alors pour la évaief oïSeî » première fois qu'on vit dans les Gaules des mar- » tyres, la religion du vrai Dieu n'ayant été embrassée » qu'assez tard au delà des Alpes 2. »
1 Severi Sulpitii libri de Sacrâ historiâ cautè legendi sunt. ( Bellarmin., lib. de Ecclesiasticis scriptoribus.)
2 Sub Aurelio deinde Antonini filio persecutio quinta agitata. Ac
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Tel est ce texte qui inspira au P. Sirmond une de ses plus vives hyperboles, et une attaque qui paraissait triomphante. « Les défenseurs de l'aréopagitisme, dit- » il, sentent bien que ces paroles sont le couteau qui » coupe leur cause à la gorge. En effet, si la Gaule n'a » eu aucun martyr avant Marc-Aurèle (177), comme » tout le monde sait que Denys de Paris a souffert » dans les Gaules, il est évident qu'il a dû être diffé- » rent de l'Aréopagite et bien postérieur à lui. Car » l'Aréopagite , de l'avis de ceux qui prolongent le » plus sa vie, serait mort sous Adrien (117-138); » d'autres le font martyriser sous Trajan (98-117); » d'autres enfin sous Domitien (81-96) d. » deDi'SobjeSction Pour rétorquer cet argument, il suffirait de se
tirade ^texte. Placer au Point de vue du P- Sirmond, qui prétendait que les premiers apôtres de la Gaule n'étaient venus dans ce pays qu'en 250, sous l'empereur Dèce. « Les » paroles de Sulpice- Sévère sont bien réellement, » pourrions-nous lui dire, le couteau qui coupe votre » cause à la gorge. Car si les premiers martyrs qu'on » vit dans les Gaules souffrirent sous Marc-Aurèle, » en 177, il est de la plus claire évidence que les pre- » miers apôtres des Gaules n'y vinrent pas sous l'em- » pereur Dèce, en 250. »
tune primum intra Gallias martyria visa, serius trans Alpes Dei religione susceptâ. (Sulpic. Sever., Ristor. Sacr., lib. II, cap. xxxn. — - Patrol. lat., t. XX, col. 147.)
1 Jugulum his verbis suse causœ peti sentiunt Areopagitici. Nam si martyres Gallia nullos babuit , et Dionysium Parisiensem in Galliâ passum neino nescit , liquet profectô diversum ac posteriorem areopagita fuisse, cujus vitam qui longissime producunt ad Hadriani usque tempora pervenisse volunt , alii sub Trajano , qui optime , sub Domitiano perfunctum martyrio tradunt. ( Sirmond , Dissertai, de duobus Dionysiis, p. 3. )