‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 143 sur 160 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ce que répliquerait le P. Sirmond n'est pas facile à imaginer; mais la question n'est pas là; rétorquer n'est pas répondre.

Il s'agit d'abord de préciser exactement la valeur des paroles qui nous sont objectées.

Or, le sens de Sulpice-Sévère, dans le passage cité, n'est pas celui que lui prête le P. Sirmond, assez subrepticement pour qu'il soit besoin d'insister un peu pour découvrir la frande. Sulpice-Sévère ne dit pas « qu'on ne vit aucun martyr dans les Gaules avant » Marc-Aurèle : » Il dit que ce fut alors qu'on vit pour la première fois des martyres , martyria; c'est-à-dire des exécutions publiques, nombreuses, simultanées, de chrétiens dans l'amphithéâtre, telles qu'on les vit alors en effet à Lyon, et dont l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe nous a conservé le touchant récit. Sulpice- Sévère, qui analyse succinctement cet historien, trouvant pour la première fois le nom de la Gaule, à propos de la lettre des églises de Lyon et de Vienne, adressée aux chrétientés d'Asie, constate le fait et le traduit pour son lecteur par les paroles : Tune primum in Gallias martyria visa. Si on conserve à ces expressions leur signification précise, et qu'on ne les détourne pas de leur sens naturel, elles sont trèsexactes, historiquement parlant. Avant le règne de Marc-Aurèle (169), il n'y eut point en effet dans les Gaules de ces grandes et solennelles hécatombes, et celle de Lyon fut la première. Mais où le P. Sirmond a-t-il pris le droit de faire dire au texte de Sulpice-Sévère ce que le texte ne dit pas, et de traduire le mot martyria, par le substantif singulier : martyr? Les témoignages historiques ne sont pas élastiques. Ils ont leur

valeur réelle, précise , renfermée dans leurs exprès sions, comme dans un sanctuaire ; aller plus loin que leurs termes, c'est en violer l'intégrité, valeur réeiie 5. Quand Sulpice-Sévère ajoute que « la religion

du texte de ^ • t\* c l l ' » <i

suipice-sévère.; » du vrai Dieu ne lut embrassée, reçue qu assez tard » dans les Gaules : Serius trans Alpes religione Dei sus- » ceptâ, » le P. Sirmond traduit : « La religion du vrai » Dieu ne înïprêchée que plus tard dans les Gaules. » C'est encore là une altération notable du texte, non moins qu'une erreur historique. Les progrès de la foi dans notre pays, après la prédication apostolique, furent lents, et pendant les trois premiers siècles ne prirent pas un caractère d'universalité. Ce fait est constaté par un témoignage solennel de la tradition gallicane. Voici ce témoignage : « A la très-bienheureuse » reine, fille de l'Eglise en Jésus-Christ, Radegonde, )) les évêques Euphrone ( de Tours ) ; Prétextât ( de » Rouen); Germain (de Paris); Félix (de Nantes); » Domitien (d'Angers); Victorius (de Rennes); et

» Domnolus (du Mans) Quoique, dès la naissance

» du christianisme, la prédication de notre sainte foi » ait commencé dans les Gaules, ce ne fut qu'un petit » nombre de fidèles qui embrassèrent la croyance de » ces mystères ineffables. Mais pour ne pas laisser notre » pays inférieur sur ce point au reste de l'univers où » la prédication apostolique avait obtenu tant de » succès, Dieu, dans sa miséricorde, suscita, d'une race >•> étrangère, le bienheureux saint Martin pour illu- » miner notre patrie1. » Ainsi parlaient, vers l'an 550,

1 Dominée beatissimae et in Christo Ecclesiae filiae Radegundi, Eufronius, Preetextatus , Germanus, Félix, Domitianus, Victorius, et Domnolus episcopi Itaque cum ipso catholicse religionis exortu

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