CHAPITRE VIII
sept évêques français, qui devaient aussi bien connaître l'histoire ecclésiastique de leur pays qu'ils connaissaient le texte de Sulpice-Sévère lui-même. Leur interprétation du texte : Serius trans Alpes Dei religione susceptâ , est pleinement d'accord avec la nôtre ; ils indiquent très-clairement que les germes de la foi chrétienne , semés sur notre sol par les apôtres, ne produisirent que plus tard tous leurs fruits. Ils constatent la prédication de la foi dans les Gaules, dès l'origine même du christianisme, ipso catholicœ religionis exortu; et ils affirment en même temps que la foi n'y fit alors qu'un petit nombre de prosélytes, ad paucorum notitiam. Il ne saurait y avoir une paraphrase plus nette et plus précise du texte de Sulpice-Sévère; et par conséquent, nous sommes en droit de dire au P. Sirmond que son fameux argument, qui devait étouffer t'aréopagitisrne, n'a aucune espèce de valeur. Il repose sur une traduction manifestement fausse; Sulpice-Sévère dit que les martyres généraux des chrétiens en Gaule, se virent pour la première fois en 1 7 7 : Tune primum intra Gallias martyria visa. Sirmond lui fait dire qu'avant 177, il ny avait eu aucun martyr dans les Gaules; Sulpice- Sévère dit que la religion chrétienne ne fut embrassée que tard au delà des Alpes : serius trans Alpes Dei religione susceptâ; Sirmond lui fait dire que la religion chrétienne ne fut prêchée que plus tard dans les
csepissent Gallicanis in finibus venerandse fidei priniordia respirare , et adhuc ad paucorum notitiam tune ineffabilia pervenissent Trinitatis dominicœ saeramenta ; ne quid hic minus acquireret, quam in orbi3 circulo praedicantibus apo8toli3 obtineret, beatum Martinura peregrinâ de stirpe ad illuminationem patriœ dignatus est dirigere , misericordià consulente. (S. Gregor. Turon., Histor. Franc, lib. IX, cap. xxxiv. — Patrol. lat., t. LXXI, col. 516.)
Gaules. Aux yeux de tout homme de bonne foi, cette réponse doit suffire pour faire disparaître l'argument du P. Sirmond et le réduire à une attaque plus violente que fondée, dont l'esprit de parti peut se contenter, mais que la raison ne trouvera jamais satisfaisante. Nous nous associons donc pleinement à la conclusion de M. l'abbé Arbellot , qui résume en ces termes cette controverse : « Sulpice-Sévère, dit-il, fait » allusion aux persécutions sanglantes des Eglises de » Lyon et de Vienne, qui eurent lieu sous Marc-Au- » rèle, l'an 177, lorsque, selon les expressions de Gré- » goire de Tours, une si grande multitude de fidèles » fut égorgée, que des fleuves de sang chrétien ruisse- » latent dans les places publiques 1 , ce qui se voyait » en effet dans les Gaules pour la première fois. Mais » cela n'empêche pas que, avant cette époque, quelques » hommes apostoliques, quelques pontifes, comme saint » Denys , quelques vierges chrétiennes , comme sainte » Valérie , n'aient été condamnés et mis à mort par » suite de la haine de quelques particuliers contre la » religion chrétienne; et Sulpice-Sévère, qui n'écrivait » qu'un très-court abrégé d'histoire ecclésiastique, n'a » pu parler en détail de ces martyrs particuliers. » Le texte de 6. Que si l'on voulait insister et maintenir la traen face de toute duction infidèle aue le P. Sirmond a faite du texte de
la tradition. .
Sulpice-Severe, nous n hésiterions pas a comparer le témoignage isolé de cet auteur avec la masse compacte de témoignages plus anciens, plus complets, plus explicites, que nous avons placés sous les yeux du lec-
1 Tanta ibi multitude» christianorum ob confessionem dominici nominis est jugulata, ut per plateas flumina currerent de sanguine christiano. (Greg. Tur. Hist. Franc, lib. I, c. xxvn.