‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 145 sur 160 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

teur. S'il était vrai que Sulpice-Sévère, au lieu de constater, comme il l'a fait, que la religion de Jésus-Christ ne fit que des progrès assez lents dans les Gaules, après la prédication apostolique, eût dit réellement comme le voudrait le P. Sirmond, que la prédication même de la foi n'eut lieu que plus tard dans les Gaules, nous ne manquerions pas, on l'a vu, de faits, de preuves, de témoignages à lui opposer. Et sans revenir ici sur ce qui a été démontré plus haut avec tant d'évidence, nous bornant à un seul point, qui intéresse plus particulièrement la prédication apostolique dans notre patrie, nous demanderions si le texte implicite et vague de Sulpice-Sévère pourrait détruire à lui seul Fautorité de saint Epiphane, de saint Jean Chrysostome, de Théodoret, de saint Jérôme, de saint Grégoire-le-Grand, que nous allons citer. On se souvient que les martyrologes s'accordent à nommer Crescent, disciple de saint Paul, comme le fondateur de l'église de Vienne. La tradition nous apprend de plus que Crescent reçut cette mission de saint Paul, lors du voyage de ce dernier en Espagne. Or, les adversaires de l'apostolicité de nos Eglises ont tellement altéré les vérités historiques qui leur déplaisaient, que c'est à peine s'il se trouve aujourd'hui un savant qui ne range sans hésiter parmi les légendes les moins justifiées le voyage de saint Paul en Espagne. Cependant, il n'est pas un fait historique qui repose sur des témoignages plus péremptoires et plus dignes de foi. « Voyez saint Paul courir de Jéru- » salem en Espagne1. » Ainsi parle saint Jean Chry-

1 Kocl ôpaç aùtèv àno 'Iepouca^jx etç Eîcaviav xpéxovxa. (S. Joan. Chrysost. Hom. lxxv, aliàs lxxvi in Matthœum. — Patrol. grœc.f t. LVIII, col. 689.)

sostome. « Des navires étrangers le transportèrent en » Espagne1, » dit saint Jérôme. « Après avoir succes- » sivement parcouru la Judée , et visité Corinthe , » Ephèse, Rome, saint Paul se rendit en Espagne2 : » telles sont les paroles de saint Grégoire-le-Grand. « Il » partit pour l'Espagne3, » dit saint Epiphane; « il fît » le voyage d'Espagne, » dit Théodoret4; et ces deux derniers parlent explicitement de l'apostolat de Crescent dans les Gaules. « Tout cela n'empêche pas, dit le » P. Honoré de Sainte-Marie, M. Dupin d'écrire que » le voyage de saint Paul en Espagne est fort incertain, » le contraire même paraissant plus vraisemblable5. » Il semble que la science antitraditionnelle ait pris à tâche de renverser tout ce que les siècles avaient construit, et que la négation universelle se soit substituée à la foi de toutes les époques et de toute l'histoire. Mais ces sortes de triomphes, que l'esprit de parti ménage pour quelque temps à l'erreur, ne sont pas de longue durée. Tôt ou tard la vérité, qui ne passe pas, réclame à son tour sa part de lumière, et perce les nuages qu'on avait amoncelés sur elle.

Prétendue 7. Le second argument du P. Sirmond est d'une

contradiction .

relevée par autre nature. « Si nous interrogeons, dit-il, les marty-

1 In Hispaniam Paulus alienigenarum portatus estnavibus. (Hieron., in cap. il Isaiae.

s Paulus, cum nunc Judaeam, nunc Corinthum, nunc Eptesum, nunc Romani, nunc Hispaniam peteret. (S. Greg. Magn., lib. III, Moral. y cap. xxii.)

8 'O [ji.èv yàp IlaûXoç xai in\ tyjv 'Icnraviav àçtxvïixat. ( S. Epiph. Advers. hœreses., xxvil, 6. — Patrol. grœc, t. XLI, col. 373.)

4 "ro-xepov (xévTOt xat ty)ç TraXtaç èraë9), xai elç xàç Sicav taç àfptxero. (Theodoreti. In Psalm. cxvi, 1. Patrol. grœca, t. LXXX, col. 1805.)

6 P. Honoré de Sainte-Marie, Réflexions sur les règles de la critique, dissertât. II, p. 153, 154.

CHAPITRE VIII. 281 » rologes au sujet de saint Denys, nous voyons qu'ils Je ^nsgir™sond » distinguent parfaitement entre celui de Paris et ma^]p°of 5 » l'Aréopagite ; la fête de l'un se célèbre le 3 octobre, dc saint Den^ » celle de l'autre le 9 du même mois. Nous en avons » parcouru nous-même un grand nombre, et d'autres » pour nous ont étudié ceux que nous n'avons pu voir. » Il n'est aucun martyrologe qui ne porte cette distinc- » tion. S'ils présentent entre eux des divergences, elles » ne roulent que sur quelques expressions ajoutées » ou omises, mais leur sens est le même1. »

Le fait signalé ici par le P. Sirmond est parfaitement vrai, quant à la distinction de deux jours différents où l'on célèbre la fête de saint Denys l'Aréopagite ; mais il est complètement faux que les martyrologes distinguent entre deux prétendus Denys. Galésini et Baronius, qui enrichirent le Martyrologe romain de notes pleines de science et d'érudition, avaient constaté le fait d'une double fête de saint Denys, bien avant que le P. Sirmond vînt tirer de là un argument contre l'aréopagitisme. « Les Grecs, dit à ce sujet Galésini, célèbrent la « fête de saint Denys l'Aréopagite le 3 octobre; mais » la coutume de l'Eglise romaine est de la célébrer le 9 » du même mois. » Les Ménées, Siméon le Métaphraste et les autres hagiographes grecs, indiquent en effet la fête de saint Denys l'Aréopagite pour le 3 octobre,

1 Qui ore imo si loquantur omnes , de Dionysiis quid senserint Ecclesiarum suarum Martyrologiis se testatos respondebunt. In his enim Parisiensem ab Areopagita distingui , et alterum V nonas octobris, alterum VII Idus celebrari. Vidimus ipsi passim non pauca, viderunt qui pro nobis alii plurïbus in locis. Nullum usquam observatum est, in quo discrimen idem non eluceat... Discrepant illa interdum , pauculis vocibus vel adjectis vel omissis , sed quae sensum minime non corrumpunt. (P. Sirmond., Dissert, de duob. Dionys., p. 20, 21.)

Objection du P. Sirmond

contre l'aréopagitisme tirée de la loi canonique sur l'inamovibilité des évéques de la primitive Eglise.

ce qui ne les empêche pas, ainsi que nous avons eu l'occasion de le constater en citant leurs témoignages, d'affirmer que saint Denys l'Aréopagite souffrit la mort pour la foi dans les Gaules. Il est donc vrai que les Grecs et les Latins ont une date différente pour cette fête ; mais aussi il est faux que leurs martyrologes admettent la distinction que le P. Sirmond voudrait y voir. Si le lecteur se rappelle le texte du Synaxaire grec, que nous avons reproduit, d'après le P. Sirmond lui-même, il lui sera facile de comprendre que Saint- Denys avait déjà confessé la foi de Jésus-Christ dans les tourments sur le sol de la Grèce, avant de venir dans notre patrie consommer son glorieux martyre. La date des Grecs, du 3 octobre, a pu consacrer le souvenir de cette première confession ; comme la date du 9 octobre des Latins a consacré celui du martyre définitif. Il n'y a donc là ni contradiction, ni distinction, ni supercherie ; et la discussion du P. Sirmond sur ce point n'est qu'une argutie que, dans toute la sincérité de notre conscience, nous regardons comme indigne de ce grand homme1.

8. Et cependant, toute faible que soit en elle-même cette objection, elle a au 'moins une apparence de réalité ; mais celle qui va suivre n'a ni l'apparence ni la réalité. « Au concile de Sardique (837), dit le P. Sir- » mond , Osius , évêque , parla ainsi : Une coutume » mauvaise, un détestable abus se sont produits ; et il » est nécessaire de les proscrire entièrement. Il faut » interdire à un évêque la faculté de quitter son siège

1 V nonas octobris. S. Dionysii Areopagitae , de quo in Grœcià hoc die fit : ut more Romano septimo idus octobris, quo die de eo scribimus. (Martyrol., Rom., Galesin. ad notas. )

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