CHAPITRE VIII
» épiscopal pour un autre. Les motifs qui déterminent
» de telles mutations sont bien évidents. En effet, on
» n'a pas encore, dans ces circonstances, trouvé d'é-
» vêque qui abandonnât une ville plus considérable
» pour une autre inférieure; c'est donc l'ambition de
» dominer qui pousse à ces changements. — Vous l'en-
» tendez, continue le P. Sirmond, on ne connaît pas
» d'évêque qui soit passé d'un siège plus considérable
» à un siège inférieur. Yoilà ce qu'Osius déclare en
» 347 au concile de Sardique. Comparez maintenant
» avec la ville d'Athènes la Lutèce des Parisii, non
» telle qu'elle est de nos jours, mais telle qu'elle était,
» je ne dis pas même au siècle de saint Denys l'Aréo-
» pagite, mais trois cents ans plus tard, sous Julien-
» l'Apostat, qui lui donnait encore le nom de petite
» ville, TtoXfyvvi. Vous comprendrez alors : ou qu'Osius
» en a publiquement imposé au concile de Sardique
» (et le dire serait une témérité sacrilège) en affirmant
» qu'il n'y avait pas d'exemple d'un évêque qui fût
» passé d'une ville plus considérable à un siège infé-
» rieur; ou que jamais saint Denys l'Aréopagite, après
» avoir été évêque d'Athènes, ne pût l'être de Paris1. »
1 Hosius episcopus dixit : Tarn mala consuetudo , quaui perniciosa corruptela funditus eradicanda est, ut non liceat episcopuin de suâ civitate ad aliam transire civitatem. Manifesta est enim causa, quâ hoc facere quis tentât : cum nuisis in hâc re inventus sit episcopus, qui de majore civitate ad minorem transiret , unde apparet ambitioni eos servire , ut dominationem exerceant. — Audis nullum ad eum diem inventum esse episcopum, qui de majore civitate ad minorem transiisset. Compara nunc ergo cum Atlienarum civitate Lutetiam Parisiorum, non qualis et quanta nunc est, sed quantula erat, non dicam areopagitse sœculo, sed trecentis annis, cum a Juliano Csesare Tzokiyyri, hoc esturbecula, vocaretur : intelliges profecto, vel Hosium synodo, quod dici nefas, imposuisse , cum ad minorem civitatem transiisse quemquam negaret, vel Parisiis episcopum Dionysium post
Réfntationde 9. Oui, certes, en 347, au concile de Sardiaue, Osius
cette objection. * ' 1 ?
de Cordoue ayant sous les yeux, d'un côté les évêques ariens , tels qu Eusèbe de Nicomédie , qui venait de quitter cette dernière ville pour usurper le siège patriarcal de Constantinople, Grégoire de Cappadoce, qui venait d'usurper celui d'Alexandrie, etc.; de l'autre saint Athanase , saint Paul de Constantinople , patriarches légitimes que l'intrusion avait chassés de leurs villes épiscopales, et que la tyrannie impériale de Constance maintenait dans l'exil, Osius de Cordoue fit un acte d'héroïque courage en tenant ce langage qui flétrissait les oppresseurs et réhabilitait de nobles victimes. Il condamnait, comme elles devaient l'être, les lâchetés ambitieuses des évêques ariens, qui abandonnaient arbitrairement leurs sièges pour des Eglises plus considérables. Et il ne craignait pas d'être démenti quand il disait que, dans cette circonstance , in hâc re (paroles que le P. Sirmond ne semble pas avoir remarquées), on n'en avait vu aucun se transférer à des sièges inférieurs. Mais, en vérité, quel rapport y a-t-il entre cette lamentable histoire arienne et les temps apostoliques, où les prédicateurs de la foi parcouraient le monde entier pour y semer la bonne nouvelle de l'Evangile. Est-ce qu'il était alors question pour eux d'un siège épiscopal, régulièrement établi, dans la délimitation duquel ils passaient leur vie, respectant le champ voisin qu'un autre évêque arrosait de ses sueurs? Saint Pierre, saint Paul et les autres apôtres ne quittèrent-ils pas successivement toutes les chrétientés qu'ils avaient évangélisées , pour voler à d'autres régions encore
Athenas non fuisse. (Sirmond., Dissert.de duob. Dionys., p. 39, 40, 41.)