CHAPITRE VIII
païennes? Leurs premiers disciples firent de même : et qui nous l'apprend? C'est Eusèbe de Césarée, dont voici les paroles : « Les disciples de ces grands hommes, » dit-il, ceux qui recueillirent les premiers leur héri- » tage, édifièrent partout les fondements des Eglises ; » ils multiplièrent et répandirent la prédication et les » semences du royaume des cieux sur toute la surface » de l'univers, per universum orbem, qaâquâ patet. » En effet, ces premiers disciples, pour la plupart en- » flammés de zèle pour la divine parole, après avoir » vendu les biens qu'ils possédaient dans leur patrie, » et en avoir distribué le prix aux pauvres, partaient » pour les régions lointaines, où ils allaient travailler à » l'œuvre de l'Evangile : et ainsi, ils prêchaient le » nom de Jésus-Christ, et portaient la divine parole » aux peuples qui n'avaient point encore entendu la » doctrine de la foi. Après avoir jeté les premiers fon- » déments des Eglises , ils en confiaient le soin à des » chrétiens nouvellement convertis, et, avec la grâce » et la coopération divines, ils allaient eux-mêmes » chercher d'autres peuples et d'autres nations à con- » quérir1. » Ce témoignage d'Eusèbe de Césarée est-il clair, est-il précis? Qu'on dise maintenant si Osius de Cordoue entendait parler de ces merveilles de l'apostolat primitif, quand il reprochait en 437 aux évêques ariens leur ambition et l'avidité avec laquelle ils recherchaient des sièges plus considérables ! Saint Denys l'Aréopagite n'était pas transféré d'un siège à un autre quand il quittait Athènes \ il ne savait probablement pas le nom de Paris, auquel son martyre devait donner le
1 Eusebii Caesar. Hist. Eccles., lib. III, cap. 37.
baptême chrétien : et, en tout cas. Paris n'était pas encore un siège épiscopal. Il allait, ouvrier de l'Evangile, porter à l'Occident le flambeau de la foi, que saint Paul lui avait apporté à lui-même; et voilà comment Osius ri eut point à en imposer au concile de Sardique, et comment saint Denys l'Aréopagite n'en fut pas moins l'apôtre de Paris. Voilà comment l'esprit de parti pris peut amener un homme de la valeur du P. Sirmond à confondre des choses qui n'ont aucun rapport entre elles , et à appliquer aux temps apostoliques une loi canonique portée contre les intrigues des ariens.
objection tirée 10. Une dernière objection du P. Sirmond est tirée
de 1 âge de •»
Sopague8 avanc® que saint Denys l'Aréopagite aurait eu,
si son martyre avait eu lieu, comme l'ont prétendu Hilduin et quelques autres écrivains, sous le règne de Trajan, ou même d'Adrien. Le saint aurait eu alors cent dix ou cent quinze ans.
La réponse à cette objection est bien simple, et le P. Sirmond l'a déjà fournie dans un passage que nous avons eu plus haut l'occasion de citer. La date certaine de la mort de saint Denys l'Aréopagite n'est pas fixée. Le texte du Synaxaire, celui des Ménées, celui de Siméon le Métaphraste , font mourir saint Denys sous Domitien, ce qui donnerait au saint martyr environ quatre-vingt-dix ans ; un grand nombre de martyrologes latins suivent cette date. Méthodius, Michel Syncelle, Suidas et d'autres historiens la reculent jusqu'au règne de Trajan, ou même à celui d'Adrien. Adon et Bède partagent cet avis. Entre ces diverses dates, il y a donc liberté absolue de choisir; mais le texte du Synaxaire, les Ménées, Siméon le Métaphraste s'ac-