‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 148 sur 160 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

cordent avec Méthodius , Michel Syncelle et les autres pour faire mourir saint Denys l'Aréopagite dans les régions de l'Occident, dans la petite bourgade appelée Lutèce des Parisii. Sur ce dernier point, ils ne varient pas, ils n'hésitent pas, ils ne se contredisent pas. Nous avons cité leurs témoignages formels, nets, concordants. Quelle valeur a donc l'objection du P. Sirmond? Tous les historiens sont d'accord pour faire mourir saint Denys l'Aréopagite à Paris ; ils diffèrent entre eux sur la date de son martyre ; voilà la question dans toute sa simplicité. Cette divergence prouve qu'ils ne se sont pas copiés les uns les autres, et donne à l'aréopagitisme une force nouvelle; c'est la seule conclusion légitime que l'on puisse tirer du fait en lui-même.

11. Telles sont les difficultés que l'on a élevées ius- Résumé générai

de la

qu'à ce jour contre la doctrine de l'Eglise romaine, à controverse, propos de saint Denys l'Aréopagite. Le fonds de l'argumentation reposait sur le texte de saint Grégoire de Tours et la prétendue invention d'Hilduin. Les autres objections n'étaient que des corollaires, des accessoires plus ou moins appropriés au sujet.

Le texte de saint Grégoire de Tours et la prétendue invention d'Hilduin ont été examinés avec assez d'étendue et d'impartialité pour que tout lecteur puisse désormais fixer son jugement, et se prononcer dans une question dont il a les éléments sous les yeux. Les objections secondaires ont été exposées dans toute leur force, et n'exigeaient pas de développements considérables, le simple bons sens suffisant à en faire justice.

Maintenant notre tâche est finie. Toute question traditionnelle se résout par les témoignages. La question

de saint Denys est essentiellement traditionnelle. Les témoignages affirment que saint Denys, premier évêque de Paris, a été envoyé par le pape saint Clément, vers l'an 90 de l'ère chrétienne. Tous les siècles l'ont cru, avant comme après saint Grégoire de Tours jusqu'à Launoy. Launoy, pour réagir contre la tradition, objecte un texte isolé de saint Grégoire de Tours, auquel il veut donner une autorité prépondérante sur tous les témoignages contraires, et sur le consentement des siècles. L'examen de ce texte nous a fourni la preuve qu'il ne traite pas ex professo la question dont il s'agit ; qu'il n'exprime qu'une induction personnelle de Grégoire de Tours, suggérée par le défaut de documents suffisants; qu'il est contredit par saint Grégoire de Tours lui-même en d'autres passages de ses écrits; qu'il n'avait pas, dans la pensée de son auteur, la valeur chronologique que Launoy lui suppose; qu'enfin il est précédé et suivi dans le chapitre de Grégoire de Tours, d'erreurs historiques nombreuses et parfaitement constatées ; et qu'ainsi, fùt-il le seul témoignage laissé par la tradition sur saint Denys, premier évêque de Paris, on devrait encore ne l'accepter que sous toutes réserves. Or ce témoignage, loin d'être le seul, est précédé, accompagné, suivi de siècle en siècle, par une infinité de documents clairs, précis, formels, qui tous le contredisent. En droit, en raison, en saine logique, il nous faut donc conclure que l'Eglise romaine, gardienne des traditions, dépositaire des témoignages devait dire avec toute la tradition, avec tous les témoignages : ce Saint Denys, premier évêque de » Paris, fut envoyé dans les Gaules par le pape Clé- » ment. » La même tradition, les mêmes témoignages

CHAPITRE VIII. 289 nous apprennent que saint Denys, premier évêque de Paris, est le même que l'Aréopagite. Aucune autorité, aucun texte ancien ne vient ici seconder l'ardente polémique des adversaires de l'aréopagitisme. Leurs objections multipliées, leur argumentation habile, passionnée, violente même, tombent devant les monuments historiques les plus nombreux, les plus divers, les plus désintéressés, qui affirment positivement l'aréopagitisme. L'Eglise romaine devait donc à la vérité, elle se devait à elle même de dire : « Saint Denys, premier » évêque de Paris, est le même que l'Aréopagite. »

Que si l'on s'étonne, d'après tout ce qui précède, du crédit qu'a obtenu, dans notre patrie, depuis 150 ans, l'opinion contraire; si un scrupule se présente à l'esprit, et qu'on se demande par quel singulier revirement on a généralement abandonné en France une tradition si fondée en preuves, et si glorieuse pour nos origines nationales, nous demanderons à notre tour comment il se produit à certaines époques un courant véritablement désordonné, mais en quelque sorte irrésistible vers l'erreur. « Depuis plus de deux cents ans , dit » M. Le Bas, membre de l'Institut, l'authenticité histo- » rique des cinq premiers siècles de Rome n'a pas cessé » d'être l'objet d'attaques plus ou moins sérieuses. » Niebuhr et beaucoup d'autres après lui n'ont pas » craint de jeter le vieux roman à terre. Ils ont refait » l'histoire romaine ; mais comme à chaque édition un » nouveau système a paru, auquel faudra-t-il s'ar- » rêter? Toutefois, il faut bien le dire, tous les textes » allégués pour prouver l'ignorance des premiers » siècles, sont absolument contraires aux faits les plus » positifs de toute l'antiquité. » Cela n'a pas empêché

les vulgarisateurs de répéter sur tous les tons dans les préfaces de leurs manuels d'histoire romaine que la critique avait fait justice des fables adoptées précédemment. Romulus n'a jamais existé, disent-ils, son nom est un mythe qui représente la Force. Numa, dont le nom a quelque analogie avec No^oç (la loi) , est un symbole figuratif de la législation, et autres absurdités de même valeur. Le compilateur qui suit renchérit encore sur celui qui l'a précédé, et la jeunesse des écoles, qui n'a entre les mains d'autres livres que ces compendium infidèles, ne demande pas mieux que de prendre en pitié la prétendue ignorance des auteurs sérieux; elle se trouve ainsi dispensée de les lire. La littérature légère se charge de son côté de propager parmi le peuple l'erreur convenue. Le roman, le feuilleton, le fait divers s'en emparent ; et si quelques esprits réfractaires veulent se soustraire à la conspiration, on en fait justice par l'une des formules suivantes : « Il n'y a plus » que des lecteurs arriérés qui attachent de l'impor- » tance, » etc. — « Il faut n'avoir pas ouvert un seul » des livres qui rendront immortels les critiques de » notre siècle pour croire, » etc. — • «. La gloire de » notre époque sera d'avoir fait justice, » etc. — En France, on a renversé avec des banalités de ce genre bien autre chose que les traditions? Voilà comment se propagent les erreurs historiques; mais elles passent. La vérité, qui seule ne passe point, apparaît à son heure, plus radieuse et plus pure, comme la lumière du soleil dissipe les nuages, et règne seule, après la tempête, dans les régions pacifiées du ciel, une découverte 12. Si le lecteur a pris la peine de suivre patiemment

de M. E. Le r r r

Blant- tous les détails de cette laborieuse controverse, il aura

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