CHAPITRE r
« Le IV des calendes de janvier, dit-il, à Arles, fête
» de saint Trophime, dont parle saint Paul dans
» l'Epître à Timothée. Ordonné évêque par cet apôtre,
» il fut envoyé à la ville d'Arles, pour y prêcher
» l'Evangile du Christ. C'est de cette source, écrit le
» pape Zozime, que les ruisseaux de la foi se répan-
» dirent pour arroser toute la Gaule1. » Enfin,
en 1120, Pierre-le-Vénérable recueillant, à son tour, Témoignage
cette voix illustre sortie du siège de Pierre, et appor- d véEwe'.6
tée jusqu'à lui par le flot des siècles écoulés, écrivait,
en s'adressant aux sectateurs de Pierre de Bruys :
« Est-ce qu'à Arles, où, par la grâce de Dieu, votre
» erreur n'a pas encore pénétré, le disciple de l'apôtre
» saint Paul, Trophime, prêchait, baptisait, priait tou-
» jours comme vous à ciel ouvert et sur la place pu-
» blique; Trophime, cette source, d'où les ruisseaux
» de la foi, dit le pape Zozime, se répandirent pour
» arroser toutes les Gaules 2 ? »
Que répondre à un ensemble de témoignages si concordants? S'efforcer d'en ébranler un ou deux; cela est possible : mais enfin , il y a un terme où, à moins de renverser toute certitude historique, l'on est contraint
1 IV Kalendas Januarii. Apud Arelatem, natalis sancti Trophimi , cnjus meminit Paulus , scribens ad Timotheum : qui , ab eodem Apostolo, episcopus ordinatus, praefatee urbi primus ob Christi Evangelium praedicandum , directus est. Ex cujus fonte , ut papa Zozimus scribit, tota Gallia fidei rivulos accepit. (Martyrol. Usuardi. — Pair, lat, t. GXX1V, col. 849.)
2 Numquid apud Arelatem, quam necdum, per Dei gratiam , vester sordidus error infecit , Pauli apostoli discipulus , Trophimus , de cujus fonte, ut papa Zozimus scribit, omnes Galliœ fidei rivulos acceperunt , semper in campo aut in foro preedicavit, baptisavit, oravit? (Petr. Venerab., Tractât, contra Petrobrusianos. — Patrol. M., t. GLXXX1X, col. 770.)
de s'arrêter devant les conséquences d'une négation universelle. Nous sommes loin pourtant d'avoir encore réuni toutes les preuves de l'apostolicité de la foi dans les Gaules.
Témoignages 10. « Crescent, l'un des disciples de saint Paul, écrit
d'Eusebe 1 7
soPhroneréet de * Eusèbe de Césarée, fut envoyé dans les Gaules, comme d'A^exanSie6 ? samt Paul l'atteste lui-même 4 . » Sophrone, dans son au c?eSçent!aint livre : De Scriptoribus Ecclesiasticis, affirme le même dTS%dreemieint fait. « Crescent , dit-il, prêcha l'Evangile dans les devienne. » Gaules, et y eut son tombeau2. » La Chronique d'Alexandrie enregistre aussi cet événement : « Gres- » cent, dit-elle , après avoir prêché l'Evangile dans les » Gaules, mourut sous Néron, et reçut la sépulture » dans ce pays5. »
Témoignages Que fera-t-on de ces nouveaux témoignages? Faut-il
de S. Epiphane, . . t
de Théodoret. aussi les anéantir? Mais ils existent. Les passer sous silence, refuser de les entendre, ce n'est leur ôter ni leur conformité, ni leur autorité, ni leur valeur. Est-il donc si facile de se renfermer dans un système absolu de dénégation, en présence de témoins dont la voix pour être dissimulée n'est pas éteinte, pour être étouffée n'est pas détruite? Mais, soit! Qu'on n'en tienne pas compte; qu'Eusèbe de Césarée, le père de l'histoire
1 Twv Sè XotTrwv àxoXoûQcov roù IlaûXou , Kpîaxvis [xiv èrtl tv.ç TaXXtas ateiXdtjnsvos ôit9 xùrou //.apTupeÎTai * ( Elisebii , Hist.
Ecoles., lib. III, cap, iv. — Patrol. grœc, t. XX; col. 220.)
2 Crescens in Galliis Evangelium prsedicavit, et ibi sepultus est. (Sophron., libr. de Scriptor. Ecclesiast.)
5 KpvQffxvis XTipû^as to Euy.yyéliov rou Kvpi'oy vijwwv 'I/jCroy XptaroJ iv To1\lcx.ls énl Népwvos àrroôv/iaxet, xat sxîias QaTTTîTai. (CllVO-
nicon. paschale, alias Jlexandrinum. Olympiade CCXX. — Patrol. grœc, t. XC1I, col. 609. )
* Locus Pauli exstat in posteriore Epistolà ad Timotheum II, cap. iv, 10. (Nota Henrici Valesii, )