CHAPITRE I
ecclésiastique, se soit trompé en affirmant que Crescent est venu évangéliser les Gaules; que Sophrone se soit trompé de même; que la Chronique d'Alexandrie soit tombée dans la même erreur; cela n'est pas vraisemblable, cela n'a nulle probabilité, mais, à la rigueur, cela est possible. Il suffit : admettons cette possibilité. Que ferons-nous ensuite de saint Epiphane *, déclarant que saint Paul, dans la seconde Epître à Timotbée, cap. iv, 10, « atteste que Crescent est passé dam les » Gaules; car ce n'est point la Galatie qu'il faut lire en » cet endroit, comme il a plu à quelques-uns de l'in- » terpréter faussement, mais la Gaule? » Que feronsnous de Théodoret, qui, dans son Commentaire sur le même passage , nous enseigne aussi que Crescent est venu dans les Gaules. « Par la leçon vulgaire de Ga- » latie, dit-il, il faut entendre la Gaule, ainsi nommée » par l'antiquité, et même par les païens de nos jours2?» Et si Ton répond que l'interprétation de saint Epiphane est fausse ; que l'interprétation de Théodoret est fausse, inclinons-nous encore ; admettons cette fin de non recevoir. Nous demanderons cependant pourquoi Eusèbe, pourquoi saint Epiphane, pourquoi Théodoret ont songé à cette extension du texte de saint Paul, sinon parce
1 Kripurret 7rpà)TOv sv Aa)i/*aTta, xacî èv 'IraXi'a, xan MaxsSovi'a. 'Ap/vj ài èv rri TaXXta * &s xai -rrepi tcvcov cotoS àxoloûôcov léyti èv rais aÙTOÏÏ 'EmaToXats o aùros IlauXos • « Kpt<jX7]S, cprjatv sv rr\ FaXXfa. » Oj yàp sv T/j Ta^arta, cos tivsj -n^av/iOsvTes vo//£Çouaiv,
àUà èv Tri Tailla.. (S. Epiph. Salam. , Adversus hœres., lib. II, cap. xi. — Patrol. grœc, t. XLI , col. 909. )
2 « KpTqffXTjs sts Talartav. » Tàj TixWiy.s outcoç sxaXsasv ' oî/tw yàp èxaXoùvTO TràXai • outcù Ss xal v5v auras ôvo//aÇou<uv ot Tïjs eÇw
watSefas //stsiXtixôtss. (Theodoreti Cyr. interpret., Epist. II ad Timoth., cap. iv, +. {O.— Patrol. grœc, t. LXXXII, col. 853. ;
qu'ils savaient que, de leur temps, on croyait que Crescent avait évangélisé les Gaules. Or leur temps était, de deux et trois siècles, antérieur à celui de saint Grégoire de Tours? Nous demanderons en outre comment il put s'établir sur ce point une pareille unanimité entre Eusèbe de Césarée, Sophrone de Jérusalem, la Chronique d'Alexandrie, Epiphane de Salamine, Théodoret de Cyr, écrivains d'époques, de patries, de préoccupations diverses. Ils n'avaient aucun intérêt à grandir l'origine catholique des Gaules. C'est un pays qu'ils ne virent jamais. Sous le ciel de l'Orient, où s'écoula leur vie, ils ne pouvaient connaître que de nom cette contrée lointaine. La langue grecque qu'ils parlaient les éloignait de la connaissance plus intime des races de l'Occident. Cependant ils désignent clairement cette terre étrangère; ils l'ont tellement présente à l'esprit, que, pour éviter une confusion naturelle avec les Galates de FAsie-Mineure, colonie orientale de Gaulois, ils avertissent que, sous le nom de Gàlatie, leçon ordinaire des éditions du Nouveau Testament, il faut entendre la Gaule, non in Galatiâ, sed in Galliâ. Tradition H. Et en supposant qu'il fallût également se résaint Cresccnt, signer à abandonner comme nulles et sans valeur des
premier évèque ,, . -■ ,
de vienne, autorités si précises, si authentiques, si concordantes,
confirmée par les , . .. .
martyrologes, il resterait à anéantir encore le Martyrologe romain qui déclare que « l'Eglise de Vienne, dans les Gaules, fut » fondée par saint Crescent, disciple de saint Paul1. » Il faudrait anéantir le témoignage de saint Adon, évêque de Vienne, l'auteur le plus accrédité de son temps pour son érudition ecclésiastique, et déclarer qu'il s'est
1 Martyrol. Rom. V Kalend. Julii. Edit. de Baronius. Rom», 1596. p. 286.