CHAPITRE I
trompé au sujet des origines de sa propre Eglise, de celle dont il devait le mieux connaître l'histoire. Voici en effet ce que nous lisons dans son Martyrologe : « V des calendes de juillet (27 juin). En Galatie, fête » du bienheureux Grescent, disciple de l'apôtre saint » Paul , qui, étant venu dans les Gaules, convertit par » sa prédication , un grand nombre d'hommes à la foi » du Christ. Il fixa son siège, pendant quelques an- » nées, dans la ville de Vienne, dans les Gaules , et il » y ordonna évêque pour lui succéder Zacharie , son » disciple. Retournant ensuite au peuple pour lequel il » avait été spécialement consacré évêque, il fortifia les » Galates dans les œuvres du Seigneur, jusqu'à la fin » bienheureuse de sa vie *. » Et si l'on élevait le moindre doute sur l'authenticité de ce texte d'Adon, en voici un autre tiré de la Chronique de ce même auteur, qui viendrait corroborer le premier. « Saint » Paul , dit-il , fut conduit enchaîné à Rome ; il y de- » meura deux ans sous la surveillance d'un gardien » qui l'accompagnait partout. La liberté lui ayant été » rendue, il recommença ses prédications : car la vio- » lente persécution que Néron suscita contre les chré- » tiens, et dont l'histoire nous a conservé le récit, n'a- » vait pas encore éclaté. On croit que ce fut durant » cet intervalle que saint Paul fit son voyage en Es-
1 V Kalendas Julii. Apud Gaîatiam, B. Crescentis, discipuli S. Pauli apostoli, qui ad Gallias transitum faciens, verbo praedicationis, multos ad christi fidem convertit. Viennse , civitate Galliarum, per aliquot annos sedit, ibique Zachariam discipulum pro se episcopum ordinavit. Rediens vero ad gentem cui specialiter fuerat episcopus datus , Galatas usque ad beatum finem vitœ suae in opère Domini confortavit. (S. Adon. Vienn. archiep. Martyrol. cum additamentis. — Patrol. lat., t. CXX11I, col. 293.)
» pagne , et laissa , pour y prêcher, saint Trophime à » Arles, et saint Crescent à Vienne 4 . »
Il faudrait donc encore anéantir ces témoignages , avec celui d'Usuard, de Robert d'Auxerre, dans sa Chronique, d'Ives de Chartres, qui tiennent le même langage. Puis, quand toutes ces ruines seraient amoncelées, il faudrait renverser l'antique tradition de l'Eglise de Vienne, avec ses anciens dyptiques, qui s'ouvrent tous par le nom de Crescent, et assigner enfin une origine quelconque à cette métropole dont nous avons des lettres datées de 177 aux chrétientés d'Asie, et que nous voyons en 440 disputer la prééminence au siège d'Arles.
Pourquoi, dans 12. On se demandera peut-être, en présence d'un
la controverse du .
dix-septième siè- tel ensemble de tant de témoignages authentiques, uni-
c!e, la date four- u cj j. /
nie par saint Gré- formes et imposants , comment l'autorité de saint Grégoire de lours * '
goire de Tours , quelque respectable qu'elle soit, a pu si facilement prévaloir dans la grande controverse du dix-septième siècle. C'est là du moins une des réflexions qui nous ont préoccupé en commençant notre travail. Il n'est pas douteux que les savants qui soutinrent alors la date de saint Grégoire de Tours ne fussent profondément versés dans la science ecclésiastique. D'un autre côté, il est certain que quelques-uns des témoignages que nous avons cités furent dès cette époque apportés au débat, discutés de part et d'autre
1 Paulus Romam vinctus mittitur , et biennium in libéra manens custodia, post bsec ad praedicandum diniittitur, necdum Nerone in tantam persecutionem christianorum erumpente quantam de eo narrant hisloriae. Quo tempore creditur Paulus ad Hispanias pervenisse, et in Arelate Trophimum, Viennae Grescentem, discipulos suos ad preedicandum reliquisse. (Adon. Cbronieon. — Patrol. lat., t. GXX1II, col. 79. )
fut si facilement adoptée