CHAPITRE I
et exposés avec énergie *. La bonne foi était, je pense, égale dans les deux camps; à l'exception de certaines individualités, qui voulurent parfois introduire dans la question des animosités de secte ou de parti ; la glande majorité des contendants cherchait la vérité pour ellemême, et sans arrière-pensée. C'étaient, en général, des hommes trop supérieurs pour descendre à de pareilles faiblesses. Si l'on nous permet de dire notre sentiment sur ce point, il nous semble que la solution de la difficulté doit être cherchée ailleurs. Le temps s'est fait, dans l'intervalle qui nous sépare de cette lutte, l'auxiliaire des vaincus. Chacun de nous maintenant peut avoir sous la main l'ensemble des Pères et des Docteurs de l'Eglise, et étudier ainsi à ses sources la tradition tout entière. Les textes ont été fixés; et, sauf les fragments encore inédits qui attendent dans les diverses bibliothèques de l'Europe le zèle et la patience des érudits de l'avenir, les éditions des Pères sont
1 Voir tous ces témoignages et un grand nombre d'autres que nous avons négligés pour ne pas surcharger ce travail , dans les ouvrages suivants : Vindicata Ecclesiœ Gallicanœ de suo Areopagitâ Dionysio gloria, par Dom Millet. Paris 1638, in-8°. — Histoire chronologique pour la vérité de S. Denys Aréopagite, apostre de France et premier evesque de Paris, par J. Doublet. Paris 1646 in-4°. — De mysticis Galliœ Scriptoribus Selectœ Dissertationes, par André du Saussay, plus tard évêque de Toul. Paris 1639 in-4°. — De unico S. Dionysio Areopagitâ, Athenarum et Parisiorum episcopo , adversus Joannis de Launoy Constantiensis, Theologi Parisiensis discussionem Milletianœ Responsionis diatriba, par Hugues Mesnard. Paris 1643 , in-8o. Cet ouvrage, le plus remarquable de ceux qui parurent sur cette question , est devenu de nos jours presque introuvable. L'éditeur des œuvres de S. Eugène de Tolède , dans la Patrologie latine de M. l'abbé Migne, avoue qu'il a fait d'inutiles efforts pour se le procurer. La Bibliot. imp. de Paris n'en possède pas un exemplaire. Celui dont nous nous sommes servi appartient à la Biblioth. Sainte- Geneviève , où il porte le n° d'ordre : H. 567.
de nos jours définitivement arrêtées. Il n'en était pas ainsi au seizième et dix-septième siècles. Les textes arrivaient lentement, un à un, suivant que les recueillait, d'après les manuscrits, chaque savant, dans ses recherches particulières, suivant que les apportaient successivement les éditions des Bénédictins, dans l'ordre fortuit de leur publication. Bien des conclusions furent prises dans la chaleur de la discussion, d'après ces renseignements isolés ; bon nombre de témoignages furent annulés parce qu'on ne les voyait pas dans leur corrélation avec d'autres témoignages contemporains et identiques; et qu'on ne pouvait tenir compte d'un ensemble qui n'existait pas encore. Voilà, selon nous, la véritable raison du triomphe complet obtenu [alors par les adversaires de l'apostolicité de nos Eglises.
Qu'eussent-ils répondu, par exemple, à ce dernier témoignage, que l'érudition moderne vient d'exhumer, "yrï^îeda11 et que nous voulons citer en terminant. Un manuscrit
sixième ou sep- • , ..^ • > i , r
tième siècle, syriaque du sixième ou du septième siècle, rapporte, ^dïïéten if9 en 1839, du monastère de Scété, à Londres, par deux
Scété à Londres, ai- -i • it,
savants Anglais, traduit et publie en 1846, renferme les paroles suivantes : « Rome et toute l'Italie, l'Espagne, »la Grande-Bretagne et la Gaule avec les autres con- » trées voisines, virent s'étendre sur elles la main sacer- » dotale des apôtres, sous la direction de Simon Céphas, » qui, en quittant Antioche, alla instruire et diriger » l'Eglise quil édifia à Rome et chez les peuples voisins*.»
1 Accepit manum sacerdotalem Apostoloruin Romse civitas et tota Italia, atque Hispania , ac Britarmia , et Gallia , cura reliquis aliis regionibus finitimis , ab ipso Simone Gepba , qui ascenderat ab Antiochià, et fuit prseceptor ac rector in Ecclesiâ quam ibi aedificavit, et in finitimis. (Angelo Mai , Script. Vet., t. X. — Canones seu doctrina Apostolorum, p. 7. — Patrol. grœca, t. XXIV, col. 627, not. 47.