‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 25 sur 160 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

vants, il expose les principaux événements de l'histoire ecclésiastique depuis Trajan jusqu'à Dèce. Cet intervalle, qui embrasse une période de cent cinquante ans, ne lui demande que trois alinéas. Si l'on s'en tenait à son récit, la liste des empereurs romains serait fort restreinte. D'Antonin-le-Pieux (161) il passe immédiatement à Dèce (249) sans indiquer même le règne de Marc-Aurèle, ni la persécution générale qu'il suscita contre les chrétiens, sans dire un mot de Commode, de Caracalla, d'Héliogabale, d'Alexandre Sévère, ou de Philippe , noms cependant à divers titres gravés dans les souvenirs de la postérité. Le siècle que saint Grégoire de Tours laisse ainsi dans l'ombre est pourtant celui où la foi vit grandir ses conquêtes , à la faveur même du rapide passage de tant d'empereurs faibles ou cruels, débauchés ou persécuteurs. Mais saint Grégoire de Tours ne s'était point proposé d'écrire l'histoire détaillée de cette époque. A mesure qu'il se rapproche des événements relatifs à l'invasion des barbares, à la fondation de la monarchie française, au règne des Mérovingiens, son récit s'étend, son cadre s'élargit, et sa chronique devient un véritable monument. On sent qu'il parle de faits dont il a une connaissance intime ; efc, quand il aborde enfin son époque contemporaine, on peut se fier à sa parole. C'est celle d'un témoin illustre et d'un saint évêque. 11 y a donc, à notre avis, une différence très-notable, dans le degré d'autorité à accorder au témoignage de saint Grégoire de Tours, selon qu'il parle de faits contemporains, ce qui est le but général de son Histoire des Francs, ou selon qu'il note incidemment des événements antérieurs, dont la chronologie et l'ordre lui étaient moins connus.

i2 SAINT DENYS L'ARÉOP AGITE.

dos nSe°unses 6* Sil Pouvait rester un doute à ce* égard, l'examen ^"epîochées Plus approfondi de son erreur relative à la véritable Te Solide] date de l'hérésie de Valentin suffirait à le dissiper. FraGré|5reaint Nous venons de voir que saint Grégoire de Tours fait Iel0Uls' dogmatiser cet hérésiarque sous le règne de Dèce en 250. Or, trente lignes plus haut, dans le chapitre xxvii, il avait écrit ces paroles : « Sous le règne » d'Antonin-le-Pieux1 (c'est-à-dire en 161) l'hérésie » insensée de Valentin prend naissance. » Il est ici dans le vrai. Mais, comme sa chronologie était défectueuse, il donne l'empereur Dèce pour successeur immédiat à Antonin-le-Pieux , et il suppose que Valentin, commençant à dogmatiser sous Antonin, dut naturellement répandre ses fausses doctrines sous le règne de Dèce qu'il croit son successeur. Sub Antonini imperio Valentiniana insana hœresis sarrexit... Sub Decio vero imperatore Valentinianus et Novatianus maximi tune hœreticorum principes, contra fidem nostram grassantur. « L'hérésie Valentinienne prend naissance sous An- » tonin... et sous l'empereur Dèce Valentinien et No- » vatien, les hérésiarques de cette époque, propagent » leurs erreurs. » La corrélation de ces deux passages est évidente, et prouve également l'erreur et la bonne foi de saint Grégoire de Tours; son erreur : elle est suffisamment constatée par une lacune de près de cent ans écoulés dans l'intervalle du règne d'Antonin-le- Pieux (161) à celui de Dèce (250), et par le plus complet silence gardé sur les noms de Marc-Aurèle, Commode, Pertinax, Didius Julianus, Sévère, Pescennius Niger, Caracalla, Marrin, Héliogabale, Alexandre Sé-

1 Sub Antonini imperio Valentiniana insana hœresis surrexit.

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