CHAPITRE II
de Tours, et que nous aurons dans la suite l'occasion d'indiquer.
8. « Sous le règne de l'empereur Dèce, continue le Discussion
. . .du passage de
chroniqueur, dans ce xxvme chapitre que nous exami- Grégoire nons, sept évêques furent envoyés dans les Gaules, relatif à ia mis-
J 1 1 ' ° sion des sept
comme l'atteste l'histoire de la Passion de saint Sa- ,éyèAn<i*. turnin, martyr. » // y est dit, en effet, que : « Sous le considat de Dèce et de Gratus, comme on le sait par une tradition fidèle, la ville de Toulouse reçut pour premier évêque saint Saturnin. » Voici donc ceux qui furent envoyés : à Tours, l' évêque Gatien; à Arles, l' évêque Trophime ; à Nar bonne, l' évêque Paul; à Toulouse, saint Saturnin; à Paris, l 'évêque Denys; aux Arvernes , ï 'évêque Austremoine; à Limoges, l 'évêque Martial.
Dans les divers passages de saint Grégoire de Tours, qui nous sont jusqu'ici passés sous les yeux, l'historien n'avait appuyé d'aucune citation les dates ou les faits qu'il indiquait traditionnellement , selon que sa mémoire ou des renseignements plus ou moins dignes de foi les lui avaient transmis. Mais cette fois il nous désigne l'autorité sur laquelle il va s'appuyer. « La » Passion de saint Saturnin, dit-il, nous atteste que, » sous le règne de l'empereur Dèce, sept évêques » furent envoyés dans les Gaules. » Or, les actes de saint Saturnin, dont parle saint Grégoire de Tours, nous les avons encore. Ils ont été publiés par Dom Ruinart, dans ses Acta sincera martyrum, p. 109. Ils sont les mêmes que ceux dont parle Grégoire de Tours; on y lit en effet mot pour mot les expressions que cet historien emploie à propos de saint Saturnin : « Sub Decio et Grato consulibus, sicut felici [alias
fideli) recordatione retinetur, primum ac summum Tolosana civitas sanctum Saturninum habere cœperat sacerdotem. » C'est exactement la phrase employée par saint Grégoire de Tours, et cette identité prouve celle des actes eux-mêmes. Cependant les actes de saint Saturnin ne parlent en aucune sorte des sept évêques envoyés dans les Gaules sous l'empereur Dèce; ils n'y font pas la moindre allusion : « Les actes de saint Sa- » turnin, dit à ce sujet Dom Ruinart, ne parlent nulle- » ment des évêques nommés ici par saint Grégoire de » Tours, et dont l'arrivée dans les Gaules est rapportée » à des époques différentes, selon les divers historiens. » Grégoire de Tours, croyant que la mission des sept » évêques dans les Gaules avait été simultanée, aura » pensé qu'il était en droit de conclure la date de cette » mission générale, de la date particulière indiquée » pour celle de saint Saturnin dans ses actes1. » Ce sentiment, exposé avec la concision et la netteté habituelle au savant bénédictin, n'en est plus maintenant à l'état de simple conjecture. Il a été de nos jours élevé au rang des vérités historiques les mieux constatées par le savant auteur des Monuments inédits, dont on peut lire à ce sujet la démonstration triomphante. La date de 230 9. Si maintenant nous ajoutons que saint Grégoire quf GPrégoireede de Tours ne voyait dans l'empereur Dèce que le sixième
Tours entendait , x, , ., r *i i i
lui-même dans successeur de JNeron, il nous sera iaciie de comprendre
ce passage.
1 Acta S. Saturnini ejus in Gallias missiouis tempus exhibent : sed nihil habent de caeteris hic recensitis , quorum in Gallias adventum alii aliis temporibus assignant. Gregorius tamen qui eos putavit simul in Gallias accessisse , ex certà epochà quae in actis S. Saturnini habetur, caeterorum etiain tempora deduxit. ( D. Ruinart., edit. oper. S. Greg. Turon. lib. 1, Hist. Francor., notre ad cap. xxvm. —Patrol. lat., t. LXXI, col. 175, nota E.)