CHAPITRE II
comment il pouvait, dans sa pensée, ajuster la date de ce règne avec celle d'une mission donnée par les successeurs des apôtres à saint Denys et à ses compagnons, et comment il est l'un des témoins de l'apostolicité de nos Eglises, pendant que son texte, mal interprété, fournit, depuis deux cents ans, des armes aux adversaires les plus vigoureux de cette apostolicité. Telle est au fond, et réduite à sa plus simple expression, la valeur de ce fameux passage de saint Grégoire de Tours, sur la foi duquel l'école française du dix-septième siècle a abjuré la croyance de nos pères, et fixé à l'an 250 l'origine de nos principales Eglises, sans plus tenir compte de la tradition, des monuments historiques antérieurs, des invraisemblances, des contradictions mêmes que le nouveau système entraînait après lui. Maintenant encore, une partie du monde savant se tient en suspicion contre les découvertes les plus incontestables de la critique moderne, qui viennent patiemment et énergiquement réagir contre le mouvement anti-national de Launoy et de ses partisans. De temps en temps, des paroles sévères tombent des régions officielles de la science, à l'adresse de ces courageux investigateurs du passé. Cependant la vérité, qui n'est d'aucun temps ni d'aucune école, la vérité qui n'est, en histoire, que la laborieuse et impartiale recherche des monuments, se fait jour malgré les obstacles. La France tout entière a tressailli, au ressouvenir de ses antiques et chères traditions, en lisant l'histoire de l'apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence1,
1 Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence, par M. l'abbé Faillon. — Sainte Marie-Madeleine , par le R. P. Lacordaire.
et en assistant à la solennité de réhabilitation de la Sainte-Baume. Le temps n'est pas éloigné ou elle remerciera l'Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les Eglises, d'avoir résisté à un mouvement qui dépouillait notre patrie de ses gloires chrétiennes les plus pures.
l'Egnse^Aries6 ^e ne sera^ Pom^ assez d'avoir prouvé que les
contemporain de assertions de saint Grégoire de Tours sont inexactes,
saint dregoire de ° "
sTa°nUtrsia Cd!!éedë <Ilie ^es derniers chapitres du premier livre de son Histoire des Francs sont remplis d'erreurs; que sa chronologie des empereurs romains est défectueuse ; que cet historien, en fixant à l'empire de Dèce la mission des sept premiers évêques des Gaules, n'avait nullement la pensée de la reculer ainsi à l'an 250 de notre ère ; que l'induction vague et hasardée par laquelle il avait généralisé cette époque de Dèce ne reposait que sur la seule indication particulière* d'un document qui pouvait être fautif; il nous faut maintenant faire connaître les autorités précises, les textes formels, les traditions authentiques qui concourent à renverser son témoignage, et démontrent l'apostolicité de nos Eglises.
La contre-partie du texte de saint Grégoire de Tours est précisément un monument du sixième siècle, contemporain de cet auteur, et que M. Faillon vient de dérober à l'obscurité dans laquelle il était resté tant de siècles, pour le faire connaître au monde savant. Dans le manuscrit de la bibliothèque impériale portant le n° 5537 4, on lit les paroles suivantes :
1 Le monument dont il est ici question « est un témoignage formel » sur la mission de sept évêques dans les Gaules, par saint Pierre , » ayant à leur tête saint Trophime , et qui montre d'une part la cer- » titude de la mission de sept prédicateurs attribuée par les Actes de » saint Ursin à saint Pierre, et de l'autre l'inexactitude de ces mêmes