CHAPITRE H
n'est pas moins explicite. « A Narbonne, dans les » Gaules, dit-il, fête de saint Paul, évêque et confes- » seur, disciple des apôtres1. » Dans son livre De festivitatibus apostolorum, le saint évêque de Vienne reproduit les paroles que nous venons de citer d'après le vénérable Bède ; Notker, dans son Martyrologe tient le même langage. Encore une fois, faudra-t-il fouler aux pieds la tradition tout entière, les témoignages les plus authentiques, émanés des sources les plus pures de l'antiquité ecclésiastique, et sacrifier tout cela pour une parole de saint Grégoire de Tours, dont nous avons fait voir les incohérences , les incertitudes et les erreurs. Mais enfin, si ce témoignage unique avait eu la valeur que lui supposent les adversaires de l'apostolicité de nos Eglises, Bède, Adon, Notker et tant d'autres, qui avaient son ouvrage entre leurs mains, qui étaient mieux placés que nous pour apprécier sa véritable portée chronologique, puisqu'ils vécurent à peine un siècle après lui, auraient certainement profité de sa découverte pour en enrichir leurs ouvrages. Ils n'eussent pas attendu que, dix ou onze siècles après, Launoy fût venu leur apprendre qu'une parole de saint Grégoire de Tours suffit pour renverser les traditions les plus solidement établies, et les plus universellement adoptées.
Nous avons encore les Actes de saint Paul de Narbonne. De l'aveu de tous les critiques, ils sont anté-
eodem sancto apostolo, cum ad Hispanias prœdicandi causa pergeret, apud prsefatam urbein Narhonam relietus, prœdicationis officio non segniter impleto, clarus miraculis, coronatus sepelitur. (Ven. Bedœ Martyrol., — Patrol. lat., t. XGXIV, p. 864.)
1 In Galliis , civitate Narbonœ, natale S. Pauli , episcopi et confessons , discipuli apostolorum. [Martyrol. Adon, XI Kalendas aprilis.)
rieurs, d'un siècle au moins, à saint Grégoire de Tours. Or, ces Actes attribuent'formellement à saint Pierre la mission du premier évêque de Narbonne dans les Gaules. Et ce n'est pas seulement l'antique tradition de la ville de Narbonne, qui constate ici le fait : les villes d'Avignon et de Toulouse conservent à saint Paul un souvenir de vénération filiale. Une vie manuscrite du saint évêque , conservée au couvent de la Daurade, à Toulouse, et lue par le bénédictin Eudes Mothé, dans les premières années du dix-septième siècle, portait les paroles suivantes qu'il nous a conservées : « Saint Paul, » évêque de Narbonne, connu d'abord sous le nom » de Sergius, était de l'île de Paphos. Vainqueur » du démon, il érigea un grand nombre d'églises » qu'il confia aux soins de son diacre Etienne. Puis, » envoyant Rufus à Avignon , il vint lui-même jus- » qu'à Toulouse , où il bénit plusieurs églises au nom » du Christ, mit à leur tête des prêtres et des diacres, » et retourna à Narbonne. Plus tard , il évangélisa » l'Espagne, et revint encore à Narbonne, où il mourut » plein de jours et de mérites , et fut enseveli par son » diacre Etienne *. » Sur la tombe du saint évêque, lors de la translation de ses reliques, on lisait cette inscription : « Ici repose saint Paul, évêque de l'Eglise de
1 Sanctus Paulus Narbonensis episcopus, Sergius dictus, ex Papho insulâ , dœmonioruui curator et ecclesiarum structor, Stéphane- prsecipuo diacono , viro sanctissimo , omnes ecclesias committens , Rufum Avenione praefixit, et Tolosam petiit, ubi verburn Domini prœdicans , plurimas ecclesias benedixit titulo Christi, et presbyteris ac diaconis ibi ordiuatis, Narbonaui rediit , ac Hispanias praedicando peragravit, tandemque Narbonani repetens, plenus diebus etmeritis, a Stephano diacono sepultus est. ( De myst. Galliœ scriptoribus , p. 947.)