CHAPITRE II
» Narbonne, disciple de l'apôtre Paul1. » Après tant de témoignages , la Chronique d'Auxerre se fait à son tour Técho de la croyance des siècles. « L'an 93, dit- » elle, Paul fut envoyé à Narbonne2. » Ici encore nous sommes bien forcés de convenir que la tradition proteste unanimement contre le témoignage de saint Grégoire de Tours ; et que toutes ses voix redisent avec le monument de l'Eglise d'Arles : « Sous Claude, l'apôtre » Pierre envoya dans les Gaules, pour prêcher aux » Gentils la foi de la Trinité, Paul. »
Saint Martial à Limoges.
13. « Sous le règne de Dèce. continue toujours saint , , Epoque
o ' 0 de la prédication
» Grégoire de Tours, l'évêque Martial fut envoyé à d%sa^0geasrUal » Limoges. » Comparons cette affirmation avec les beaux vers que Fortunat, évêque de Poitiers, contemporain de l'évêque de Tours, composait, en 570, en l'honneur de saint Martial.
« Ici, dit Fortunat, se lisent les Actes authentiques » de Martial... Rome et la Gaule vous honorent, ô » vénérable père, au second rang après Pierre, comme » plus jeune que lui, et son inférieur en dignité, et » simultanément avec Pierre, comme son égal dans la » prérogative de l'apostolat. La tribu de Benjamin vous » vit naître d'un sang illustre; la ville de Limoges » conserve maintenant votre corps sacré3. »
1 Hie requiescit S. Paulus , discipulus apostoli Pauli , episcopus Narbonensis ecclesiae. (De myst. Galliœ scriptoribus.)
2 Inter quos missus est Paulus Narbonam. (Chronic. Autissiodor., ad ann. 93. )
3 Martialis résonant hic veracissima gesta.
Tellus te Romana te Gallica tellus
Post Petrum, recolunt juniorem , parte secundâ ,
Nous demanderons pourquoi Rome et la Gaule honoreraieyit Martial, après saint Pierre, et comme son égal dans la prérogative de l'apostolat, si Martial n'était venu à Limoges qu'en 250 , sous l'empire de Dèce ? Il est vrai que les Actes de saint Martial nous apprennent que ce saint fut l'un des soixante-douze disciples de Jésus-Christ; qu'il fut l'un des compagnons de saint Pierre, et que, fils de la tribu de Benjamin, il quitta la Judée, sa patrie, pour venir évangéliser les Gaules1. Mais ces détails, qui s'accordent si merveilleusement avec les vers de Fortunat, comment les concilier avec la parole de saint Grégoire de Tours; comment reculer jusqu'au règne de Dèce, en 250, la prédication d'un des soixante-douze disciples de Jésus- Christ, et compagnon de saint Pierre ?
Cum Petro recolunt aequalem sorte priori.
Benjamita tribus te gessit sanguine claro ;
Urbs te nunc retinet Leniovica corpore sancto.
{Patrol. lat., t. LXXXVIII, p. 115.) M. l'abbé Arbellot, dans une savante dissertation sur l'apostolat de saint Martial, a, le premier signalé ce témoignage de Fortunat à l'érudition moderne.
1 Les Actes de saint Martial, connus sous le nom d'Aurélien, ne remontent pas au-delà de la première période du sixième siècle. Ce sont ces Actes que Launoy, Sirmond et autres accusaient d'interpolations, d'anachronismes, d'invraisemblance de tout genre. M. l'abbé Arbellot a eu la bonne fortune de retrouver dans le manuscrit n° 3851 de la Bibliothèque impériale de Paris, une copie des Actes primitifs de saint Martial, « Actes que Benoît de Cluse, au onzième siècle, croyait » perdus depuis l'incendie du monastère de Saint-Sauveur (858) et » que Pierre le Scolastique (Xe siècle), appelle le petit livre de la » vie de saint Martial . » Nous avons soigneusement étudié ces Actes, qui occupent les folios 30, 31 et 32 du manuscrit. Us présentent tous les caractères d'authenticité désirables, et M. l'abbé Arbellot, qui se propose de les publier, a le droit de dire que « la critique la plus » sévère ne trouvera rien à reprendre dans ce texte précieux. » ( Lettre de M. l'abbé Arbellot publiée dans le Courrier de Limoges, 20 décembre 1855. )