CHAPITRE II
Il n'est guère plus facile d'accommoder au témoignage de saint Grégoire de Tours ce que saint Priest, évêque de Clermont, écrit en 670, dans la vie de saint Austremoine. « Le bienheureux Pierre, prince des apôtres , » dit-il, fortifia de sa bénédiction les sept évêques » illustres, assignés aux villes de la Gaule, et [en par- » ticulier] saint Martial à Limoges1. » Même difficulté pour ce texte de la Légende de saint Ausone, écrite au septième siècle : « Saint Pierre envoya à la » cité des Gaules, qu'on appelle Limoges, ville alors » très-florissante, le bienheureux Martial2; » pour celui de Florus (760), dans ses additions au Martyrologe de Bède : « Martial fut l'un des soixante-douze disciples » de Jésus-Christ envoyé de Rome dans les Gaules par » le bienheureux Pierre; il commença ses prédications » dans la ville de Limoges, et ne termina sa vie qua- » près avoir ruiné le culte des idoles, et rempli la cité » de la foi de Jésus-Christ z. » Enfin même difficulté pour l'assertion de Raban-Maur, dont nous avons déjà
1 . . . Beatissimus Petrus, princeps apostolorum,... advocans ipse sanctissimos discipulos,.. suâ omniumque apostolorum benedictione roboravit; quorum videlicet virorum illustrium, qui singulis urbibus
erant delegandi, hsec fuere nomina Lemovicas Martialis. (Acta
S. Austremonii. — Labbe , Nov. Bibl. Mss., t. Il, p. 482. — Dissert, sur Vapostol. de S. Mart., p. 67, 68, 69.)
2 Accidit Beatuni Petrum apostolorum principem , diversis Italiae
atque Galliee urbibus diversos destinasse antistites Inter caeteros
vero... Galliarum urbi floreDtissimse tune temporis, quae dieitur Lemovicas, primum misit antistitem egregium per omnia Martialem. (Bolland., Vêtus Legenda S. Ausonii , t. V, p. 137. Dissert. S. Mart., p. 67.)
3 Lemovicas civitate depositio Martialis episcopi , qui fuit unus ex septuaginta duobus , qui a Romanà urbe a B. Petro in Gallias missus , in urbe Lemovicinâ prœdicare exorsus est ; eversisque simulacrorum ritibus, repletâ jam urbe credulitatis migravit a sœculo. {Patroloy. Martyrol. Vener. Beda3, t. XCXIV, p. 961.)
cité les paroles, et qui nous enseigne que saint Pierre,
en quittant l'Orient, envoya aux contrées de l'Occident qu'il ne pouvait visiter lui-même, et notamment en Gaule, divers prédicateurs, parmi lesquels Martial, à Limoges,
Mais ici nous arrivons à un fait considérable, qui occupe dans l'histoire de notre Eglise gallicane une place importante, et qui va condenser, en quelque sorte, dans un seul foyer de lumière tous les rayons épars de l'antique tradition au sujet de l'apostolat de saint Martial. Dans l'intervalle de l'an 1023 à 1031, deux assemblées de princes et de prélats, l'une à Paris (1023), présidée par le roi Robert-le-Pieux; l'autre à Poitiers (1024), présidée par Guillaume IV, duc d'Aquitaine; » et trois conciles provinciaux, deux à Limoges (1028- 1031), et un à Bourges (1031), se réunirent successivement pour éclaircir la question de savoir s'il fallait donner à saint Martial le titre d'apôtre, ou seulement celui de confesseur. Si jamais l'opinion de saint Grégoire de Tours pût se développer sur un théâtre illustre, ce fut dans ces réunions solennelles où rois et peuples attendaient avec anxiété une solution sur des matières si controversées. Chose remarquable pourtant ! il ne vint à la pensée d'aucun des évêques qui siégeaient dans ces assemblées; d'aucun des clercs, qui apportaient à la discussion les lumières de leur critique et de leur érudition ; d'aucun des princes qui assistaient à ce grand débat, d'invoquer le fameux passage du xxvme chapitre de Y Histoire des Francs, qui eut terminé d'un seul coup toute la controverse. Tout le monde au contraire convenait que saint Martial avait été envoyé par l'apôtre saint Pierre dans les Gaules ; la