‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 44 sur 160 · CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH

septième siècle reçurent aussi leurs premiers apôtres chrétiens des papes successeurs des apôtres. Les Hongrois au onzième furent de même évangélisés par des missionnaires envoyés par les successeurs des apôtres. Toutes les chrétientés du monde ont la même origine, et les îles de l'Océanie, que le zèle de nos missionnaires arrache en ce moment aux ténèbres du paganisme pour les conquérir à la foi de Jésus-Christ, sont aussi converties par les successeurs des apôtres. Que devient donc le texte : Saint Denys, envoyé [dit-on), par les successeurs des apôtres ? Et pourquoi cette réserve, pourquoi cette formule : d'après la tradition : ut ferunt s'il ne s'agit que d'une prédication distante de deux siècles des apôtres? Il nous semble que nous n'exagérons rien, en affirmant que la leçon soutenue par Launoy n'a ici d'autre sens possible que celui d'indiquer une mission donnée par les successeurs immédiats des apôtres. Il est trop évident que, dans l'Eglise catholique, un missionnaire est toujours envoyé par les successeurs des apôtres; et quand les Actes de saint Denys nous disent : « Ce saint fut envoyé [au rapport » de la tradition) par les successeurs des apôtres, » ils n'ont pas et ne peuvent avoir l'intention de nous révéler seulement cette vérité, commune à toutes les Eglises du monde : mais ils indiquent clairement, en s'appuyant sur la tradition [ut ferunt) que saint Denys fut envoyé par les premiers successeurs des apôtres. Or, si Launoy ne veut pas entendre par là, saint Clément, qui fut le troisième successeur de saint Pierre, et que les autres textes des mêmes Actes désignent nominativement, qu'il choisisse saint Lin ou saint Anaclet, ses prédécesseurs. Nous ne nous y opposerons

pas, pourvu qu'il appuie son choix de preuves sérieuses. Le bon sens , au contraire , répugne à voir appliquer à saint Fabien, vingt-deuxième successeur de saint Pierre, cette parole : « Saint Denys fut envoyé [au rapport de la tradition) , par les successeurs des apôtres. »

Telle est pourtant, dans toute son énergie, l'objection de Launoy ! En vérité, nous ne saurions la trouver concluante.

«ïfvKède 8* -^ans une *ettre fameuse? que nous aurons plus contempS de tard l'occasion d'examiner en détail, Hilduin, l'an 837, "de Tou?s°!re s'exprime ainsi : « Fortunat, contemporain de Grégoire de FÎÎtïLt. » de Tours et son ami, nous a laissé une hymne en nié- » moire du glorieux martyr Denys. Il y rappelle que ce » premier évêque de Paris reçut sa mission du pape » saint Clément, et suit en cela ce qu'il avait appris des » Actes latins *. » Nous ne citons ces paroles d'Hilduin que pour établir qu'en 837, date de cette lettre, il était de notoriété publique que Fortunat avait consacré une de ses poétiques compositions à la louange de saint Denys; et que, dans cette pièce, il affirmait que l'époque de sa mission remontait à celle du pape saint Clément. Or, l'hymne de Fortunat , en l'honneur de saint Denys existe encore. Elle a été publiée à Venise (1756) par les éditeurs des Œuvres de saint Denys, et précédemment

1 Contemporalis (Gregorii Turonensis) et scholasticissimus , Fortunatus, qui plura ad eum scripserat , hymnurn rhythmicae compositionis pulcherrimum , de isto gloriosissimo martyre (Dionysio) composuit, in quo commémorât eum a sancto Clémente destinatum, sicut in Latinorum paginis didicit. (Hilduin., Epist. ad Ludov. Pium. — Apud Surium ad diem 9 octobris. — Patrol. lat., t. CVT. Vita S. Dionys. Prolegom. ) Hilduin compare ici les Actes latins dont s'était servi Fortunat avec les Actes grecs dont Fortunat, dit-il, ne pouvait avoir connaissance : c'est le sens des paroles : Sicut in Latinorum paginis didicit.

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