CHAPITRE III
citation de Doublet tomba devant cette fin de non recevoir, et l'hymne de Fortunat fut répudiée comme apocryphe. Cependant, en 1786, le savant éditeur des Œuvres de l'évêque de Poitiers la retrouva absolument identique dans un manuscrit de Saint-Germain-des- Prés, dans un autre manuscrit de Saint-Pierre de Chartres4, enfin dans des textes des bibliothèques de Rome et de Florence, parfaitement étrangers par leur
Areopagita, sed a Clémente tantuni missus dicatur. Areopagiticis tamen inconsequenter disserendi materiaui prsebet. »
Voilà tout ce que Launoy déploie d'érudition pour se croire en droit de rejeter comme apocryphe l'hymne de saint Denys « Les moines l'ont inventée. » Quelle preuve en donne-t-il? Aucune. «.Cette imposture est moins grave que la précédente ( il s'agit ici d'une hymne d'Eugène II, évêque de Tolède, dont nous parlerons plus loin); mais l'imposture n'est pas encore démontrée ; elle vient d'être affirmée sans preuves. N'importe. « Cette imposture est moins grave que la précédente, car les prétendus vers de Fortunat ne disent point que saint Denys de Paris était l'Aréopagite, mais seulement qu'il fut envoyé dans les Gaules par le pape Clément. » Raison de plus pour que l'hymne ne soit point un pastiche des moines de Saint- Denys. S'ils eussent voulu commettre ce faux, il ne leur en coûtait pas davantage d'insérer dans leur hymne le nom d'Aréopagite , auquel ils tenaient tant. « C'est une inconséquence , dit Launoy, qui fournira aux défenseurs de l'aréopagitisme matière à dissertation. » Sans doute, les défenseurs de l'aréopagitisme se préoccuperont, non pas de l'inconséquence des moines, qui n'est ici qu'imaginaire , mais de l'absence du nom d'Aréopagite dans l'hymne de Fortunat : et longtemps avant Launoy, Hilduin s'en préoccupait en disant que l'évêque de Poitiers suivait la tradition telle qu'il l'avait lue dans les Actes latins, sans désigner le lieu d'origine de Denys, qu'il eût pu apprendre des Actes grecs, s'il les eût connus. « La belle raison! s'écrie Launoy. /7 fallait châtier sévèrement le moine qui a fabriqué cette hymne sous le nom de Fortunat , pour le punir de n'avoir pas appris le grec , pour l'honneur du couvent et d' Hilduin. — Egregiam vero rationem! qui profecto monachus hymnum sub nomme Fortunati supposuit, valde culpandus est, quod linguam graecam non didicerat, in gratiam monasterii et Hilduini. » (Launoii op. omn. t. II, pars 2a, page 531, édit. de Genève, 1731.) — C'est là un des plus curieux échantillons de la dialectique de Launoy
1 Natal. Alex., Histor. eccles., t. V, p. 306, édit. de Lucques, in-4°.
origine aux prétentions intéressées de l'abbaye de Saint- Denys. Partout elle était indiquée comme l'œuvre de Fortunat. « Je n'ai donc point hésité, dit Luchi, à la » publier comme authentique. Launoy l'a voulu re- » jeter parmi les productions apocryphes, mais il » n'appuie son sentiment d'aucune démonstration con- » vaincante. Le point capital ici c'est le style même de » la pièce, le meilleur témoin en pareille matière. Or, » le style de cette hymne m'autorise à la croire vrai- » ment l'œuvre de Fortunat. » Réponse 10. Toutefois nous ne voulons pas nous prévaloir diuunoy" d'une autorité que Launoy n'a pas connue1. Le bénéfice du temps et de l'érudition moderne s'est tourné
1 Launoy, né en 1603, près de Coutances, mourut en 1678. C'est en 1651 qu'il publia son livre contre les origines apostoliques des églises de Gaules. Il est intitulé : Dissertationes très, quarum una Gregorii Turonensis de septem Episcoporum adventu in Galliam.
Altéra Sulpitii Severi de primis Galliœ martyribus locus defenditur : Et in utraque diversarum Galliœ ecclesiarum origines tractantur.
Tertia quid de primi Cenomannorum antistitis epocha sentiendum sit explicatur; auctore Joanne de Launoy, Constantiensi, Theologo Parisiensi. — Lutetiœ Parisiorum. Typis Edmundi Martini, viâ Jacobœâ, sub sole aureo, 1651, in-12.
Le nom de Launoy est beaucoup plus connu de nos jours que ses ouvrages, qui sont devenus très-rares ; le succès de son système a fait croire que ce docteur fameux avait dû écrire de nombreux infolio pour réussir à renverser une croyance de quatorze siècles. Il n'en est rien. Launoy n'a écrit que ce qu'on appellerait de nos jours des brochures. Des trois dissertations dont nous venons de reproduire le titre, la première a 39 pages in-12; — la seconde, 92 pages in-12 et un appendice de 22 pages; — la troisième, 20 pages, même format. — Le catalogue des brochures de Launoy forme, il est vrai, une liste fort longue, qu'on retrouve presque tout entier dans YIndex romain des livres condamnés. Ce ne fut qu'en 1731, soixante ans après la mort du fameux docteur, que les calvinistes réunirent tous ses opuscules épars et en donnèrent à Genève (Constantiœ Allobrogum) une magnifique édition in-folio. La bibliothèque de la Sorbonne en possède un superbe exemplaire.