‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 48 sur 160 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

contre lui à notre avantage; peut-être aujourd'hui son opinion se serait-elle modifiée sur ce point. Quoi qu'il en soit, nous acceptons sa négation telle qu'il l'a formulée, et nous ne voyons pas en quoi elle peut être utile à sa cause. En effet, l'existence d'une hymne de Fortunat en l'honneur de saint Denys, au temps d'Hilduin (837), est incontestable; car il eut été absurde qu'Hilduin, écrivant, deux siècles seulement après Fortunat, une lettre destinée à une immense publicité, puisqu'il en recommande la lecture à la catholicité tout entière, s'appuyât sur une hymne de l'évêque de Poitiers qui n'eut été connue de personne. Un auteur qui, de nos jours, s'appuierait sur l'autorité d'une prétendue hymne de Santeuil qui n'existerait ni dans les livres liturgiques de l'office parisien, ni dans les œuvres imprimées de ce poète, risquerait de passer pour le plus insigne faussaire, s'il ne prenait la précaution de reproduire le texte de cette œuvre inédite, et d'indiquer le manuscrit original sur lequel il l'aurait relevée. Or, Hilduin ne prend aucune de ces précautions que le bon sens imposait à la critique de son temps comme à la nôtre. L'hymne de Fortunat était tellement connue, à cette époque, qu'il se contente d'en appeler à son témoignage, sans dire où il l'a trouvée, ce qu'il n'eut pas manqué de faire, s'il se fût agi d'une pièce jusque-là ignorée, qu'il eut récemment découverte dans quelque manuscrit inconnu. De plus cette hymne était favorable à l'apostolicité de la mission de saint Denys; c'est à ce titre, en effet, qu'Hilduin en invoque le témoignage. Fortunatus hymnum rhythmicœ compositionis pulcherrimum, de isto gloriosissimo martyre composuit, in quo commémorât eum a sancto Clémente desti-

natum. Hâtons-nous de dire que cette lettre d'Hilduin, Launoy l'admet comme parfaitement authentique1, car s'il lui eut pris aussi la fantaisie de la nier, il nous faudrait, avant de nous servir de son témoignage, en établir d'abord contre lui l'authenticité. Ainsi, au temps d'Hilduin, il existait une hymne connue sous le nom de Fortunat, qui attestait la mission de saint Denys par le pape Clément. Or, que Launoy reconnaisse ou non pour authentique celle que les éditeurs trouvent sous le nom de l'évêque de Poitiers, dans les manuscrits, et qui est d'ailleurs conforme à son style et aux allures ordinaires de son génie poétique; celle-là ou une autre, peu importe au fond de la question, puisque toutes deux, celle qu'on lisait au temps d'Hilduin, et celle que Launoy ne veut pas lire avec nous, disent la même chose, et affirment que saint Denys avait été envoyé par le pape Clément. Témoignage 11. Jusqu'ici nous avons suivi la tradition depuis

du VIIe siècle

(615-632). l'époque de sainte Geneviève (421-502) iusqu'à celle

Texte des Gesta r 1 v .

Domni de Fortunat (540-590); la date de Dèce n'est indiquée

Dagoberti. * ' ' 1

nulle part. Il y a plus, les rois Mérovingiens, dont saint Grégoire de Tours s'était constitué l'historiographe, et qui n'eurent que son récit pour apprendre les exploits de leurs aïeux, ne tinrent jamais compte de son fameux texte au sujet de la mission de saint Denys. En voici la preuve. Grégoire de Tours mourut en 594, sous Clotaire II. Or, vers l'an 615, le fils de Clotaire II, qui devait monter sur le trône en 628, sous le nom de Dagobert Ier, fut conduit au village de Ga-

1 C'est en effet cette fameuse lettre qui a été le texte sur lequel Launoy a appuyé toute sa thèse pour établir qu'Hilduin avait inventé l'aréopagitisme.

Page 1