CHAPITRE Ifî
tulla, par un incident qui frappa vivement l'imagination des chroniqueurs, parce qu'il donna plus tard naissance à la fameuse abbaye de Saint-Denys. — Un cerf, lancé par la meute ardente, échappait à la poursuite des chasseurs ; il vint, après une course de plusieurs lieues, se réfugier près de la chapelle élevée, par sainte Geneviève, sur le tombeau de saint Denys. « Quoique les rois précédents y eussent ajouté quelques » constructions, à cause des nombreux miracles qui » s'y opéraient par l'intercession des saints martyrs, » cependant ces édifices étaient loin de répondre à la » sainteté du lieu... En effet, dans ce village, au temps » de Domitien, qui, le second depuis Néron, souleva » une persécution contre les chrétiens, le bienheureux » évêque de Paris, Denys, et avec lui Rustique et » Eleuthère , l'un prêtre et l'autre diacre , furent mis » à mort pour le nom de Jésus-Christ. Une pieuse » femme appelée Catulla, nom qui fut donné ensuite à » ce lieu, ensevelit en secret les corps des martyrs , la » crainte des persécuteurs ne lui ayant pas permis de » leur rendre publiquement ce devoir. Elle eut soin » pourtant de marquer le lieu, pour que le souvenir » en fût perpétué dans les générations suivantes. C'est » ainsi que cet incomparable trésor demeura long- » temps enfoui sans honneur, et le lieu n'offrait de » remarquable que le souvenir traditionnel qui s'y » rattachait1. »
1 Vilis quippe tauturn œdicula, quam, ut ferebatur, beata Genovel'a super sanctos martyres dévote construerat , tantorum inartyrum corpora non ambiebat... quarnvis queedam inibi ab anterioribus regibus, propter assidua quœ ibidem agebantur miracula, collata fuissent.... In eo sane vico, temporibus Domitiani , qui secundus ab Nerone , in christianos arma corripuit, primum memoratse urbis episcopum bea~
Ces paroles sont d'un écrivain anonyme, mais certainement contemporain de Dagobert Ier, cité comme tel par Duchesne, et par tous les historiens : « Ex » anonymo sed contemporaneo . » L'auteur inconnu des Gesta Domni Dagoberti, florissait donc quelques années seulement après la mort de saint Grégoire de Tours. En sa qualité d'historiographe du roi Dagobert, il avait certainement lu Y Histoire des Francs ; il y avait rencontré le témoignage de l'évêque de Tours sur l'époque de la mission de saint Denys, sous le règne de Dèce. Cependant il n'hésite pas dans sa narration; et son témoignage reflète non pas l'opinion de Grégoire de Tours, mais la leçon des Actes latins de saint Denys, dont nous avons parlé plus haut. Tout ce qu'il dit de Catulla est emprunté presque textuellement à ces Actes : et c'est là une nouvelle preuve de leur antiquité.
Discussion 12. A ce nouveau témoignage, Launoy répond que sans doute Grégoire de Tours avait entre les mains des monuments plus authentiques que le texte de ces Actes, et que c'est la raison pour laquelle il n'a pas admis leur témoignage. Nous avons surabondamment réfuté cette assertion. Grégoire de Tours n'eut pour formuler sa théorie nouvelle que la seule Passion de saint Saturnin
tissimum Dionysium, cumque eo Rusticum et Eleutherium, quorum alter presbyter, alter diaconus erat, pro Christi nomine, in prospecta ipsius civitatis interemptos, quaedam materfamilias vocabulo Catulla, a quâ et vico deductum nomen dicunt, quia palam non audebat, clam sepulturse mandavit. Signavit tamen loculum , ut rei gestae junioribus constaret notitia. Sic incomparabilis thésaurus diu latuit, nec prœter famam locus ille quidquam habebat conspicuum. (Gesta Domni Dagoberti , Régis Francorum, scripta ab anonymo qaidem, sed contemporaneo. Duchesne , Hist. Franc., script, cocœtanei , t. I, p 574 (1636-1641). — Patrol. lat., t. XCVI, col, 1395-1396, chap. III.