‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 50 sur 160 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

qui ne dit pas un mot de saint Denys de Paris ; et c'est précisément l'absence de toute autre preuve qui doit empêcher le témoignage de Grégoire de Tours de prévaloir sur les Actes. Qu'on nous permette une supposition. Si, dans seize cents ans d'ici, le sol de notre patrie était habité par une race nouvelle qui, à son arrivée, eût dispersé nos monuments littéraires, et qu'un érudit trouvât sous sa main la brochure assez singulière qu'on s'est amusé à faire dans ces derniers temps pour établir que Napoléon Ier n'a jamais existé1, et que son histoire n'est autre chose qu'un symbole en action de la fable antique du soleil ; si cet érudit partait de là pour soutenir réellement que le plus grand capitaine des temps modernes n'exista jamais, faudrait-il donc que toute la tradition , tous les monuments , tous les témoignages contraires, tous les textes les plus précis qu'on pourrait réunir contre ce paradoxe, demeurassent anéantis devant une seule négation?

Pour parler plus sérieusement, ajoutons que saint Grégoire de Tours n'a pas entrepris ex professa une dissertation spéciale pour établir cette opinion qui est bien plus celle de Launoy que la sienne même. Il a trouvé un texte de la Passion de saint Saturnin portant une date. Il applique conjecturale ment cette date aux six autres évêques dont la Passion de saint Saturnin ne dit pas un mot, et il continue son récit, sans plus revenir sur la question. Et l'on veut, onze siècles

1 Cette plaisanterie a été faite, et naguère on pouvait la trouver à l'étalage des libraires , en compagnie de mille autres singularités du même genre que l'esprit humain aime à produire de temps en temps, comme si le domaine des réalités ne lui présentait pas un champ assez vaste, sans qu'il aille se perdre dans les régions des chimères.

après la mort de Grégoire de Tours, onze siècles écoulés dans une croyance entièrement opposée à cette assertion du saint évêque, sur une parole de lui jetée au courant de la plume, contredite par l'auteur même en différents endroits de ses ouvrages, bâtir un système complet de négation, opposer cette unique parole à tous les témoignages antérieurs, contemporains, postérieurs à Grégoire de Tours ! h' Histoire des Francs est pleine d'inexactitudes, d'erreurs même, on en convient. Ce seul passage devra avoir un privilège d'infaillibilité qu'on refuse à tous les autres. Les monuments contemporains lui sont opposés; n'importe. Quand on sera à bout d'arguments, on pourra toujours dire que sans doute Grégoire de Tours avait entre les mains des textes plus authentiques.

Nous n'avons tant insisté sur cette parole de Launoy que parce qu'elle nous semble par trop empreinte de mauvaise foi.

Deux 13. Dans un diplôme publié par Mabillon, ex auto-

temoignages .

(723-768) tïté 9raph°> Thierry IV, roi des Francs, surnommé de rieUDipiômeUin' Chelles [Theodericus Calensis), s'exprime ainsi en 723 : c\dihesr(723].e (( Le bienheureux Denys, avec ses compagnons, » Rustique et Eleuthère, qui, les premiers, après les » apôtres, vinrent dans cette province des Gaules, en- » voyés par le bienheureux Clément, successeur de » l'apôtre Pierre, prêchèrent en ce lieu le baptême de » la pénitence et la rémission des péchés ; en ce lieu ils » méritèrent la palme du martyre, et en cueillirent les » couronnes glorieuses. Leurs précieuses reliques re- » posent dans l'Eglise élevée en leur honneur, et, de- » puis les temps anciens jusqu'à nous, d'éclatants » miracles y ont été opérés par leur intercession et la

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