‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 52 sur 160 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

» temps anciens jusqu'à nos jours, d'éclatants miracles » y ont été opérés par la vertu du Christ. C'est là que » repose aussi le corps de Dagobert, jadis roi. Plaise à » Dieu que, nous aussi, nous ayons part au royaume » céleste par l'intercession de ces saints martyrs, et que » nous puissions jouir des félicités de la vie éternelle. . . » Donné le... des kalendes d'octobre, l'année dix-sep- » tième de notre règne. Fait au monastère même de » Saint-Denys4 » (octobre 738).

Ces deux monuments inconnus à Launoy échappèrent à sa critique. Mais ils n'en subsistent pas moins dans toute leur autorité. Il nous est donc permis de passer outre aux dénégations qu'il n'eut pas le temps d'accumuler contre eux, et de demander comment en 723 la chancellerie mérovingienne aurait pu se servir d'une formule ou la mission de saint Denys par saint Clément est rappelée, si une tradition antérieure n'eut relaté le fait. Supposons en effet que le témoignage

1 Ergo dum et omnipotens Pater, qui dixit de tenebris lumen explendescere, per incarnationis mysterium imigeniti Filii sui Domirri nostri Jesu Ghristi, vel inlustrationem Spiritus Sancti illuxit in corda sanctorum christianorum , pro cujus amore et desiderio inter " cœteros triumphos gloriosos martyrum, beatus Diouysius, et sœpe jam diclus Rusticus et Eleutherius , qui, prinii post apostolos, sub ordinatione beati Clementis, Pétri apostoli successoris, in hanc Galliarum provinciam advenerunt , ibique prœdicantes baptismum pœnitentise in reinissionem peccatorum, dum in bunc modum certabant ibi meruerunt palmam martyrii et coronas percipere gloriosas : ubi per multa tempora et usque mine in eorum basilica, in quâ eorum eorpora requiescere videntur, non minima miracula virtutum Christus pro ipsis dignatur operari : in quâ etiam domnus Dagobertus quondam rex videtur quiescere, utinam et nos per intercessionem sanctorum ipsorum in cœlesti regno cum omnibus sanctis mereamur participari, et vitam aeternam percipere. (Dom Bouquet, t. V, Rerum Gallicarum et Francicarum scriptores. — Patrol. lût., t. XGVI, col. 1597-1598.)

des Gesta Dagoberti au septième siècle soit une interpolation; que l'hymne de Fortunat, au sixième, soit une pièce supposée; que le texte des Actes de saint Denys au quatrième ou cinquième soit un apocryphe d'origine récente; nous aurons ainsi accordé à Launoy tout ce qu'il a pu jamais prétendre. Mais alors, de quel auteur les rois Mérovingiens et Carlovingiens ont-ils appris que saint Denys fut envoyé dans les Gaules par le pape saint Clément? Grégoire de Tours, dont l'histoire était pour eux une histoire de famille, leur disait que saint Denys était venu sous Dèce; pourquoi ne suivent-ils pas l'indication de Grégoire de Tours? Evidemment cette divergence suppose une tradition antérieure, tradition, non pas seulement constatée par la crédulité vulgaire, mais par des monuments publics, officiels, des diplômes royaux. Qu'on nous montre, pour l'époque de Dèce, un témoignage aussi solennel, et nous l'accepterons; mais, dans toute la série des siècles que nous avons parcourue, cette date et ce nom ne se trouvent nulle part.

Témoignage 14. Pour clore la liste de ces témoignages, il ne nous Paris^fanté- reste plus qu'à constater par un monument collectif, la croyance universelle de l'Eglise gallicane à la mission de saint Denys par saint Clément. L'an 825, dix ans avant les fameuses Aréopagitiques d'Hilduin, la Gaule tout entière voyait ses évêques réunis en concile à Paris pour y traiter la question du culte des saintes images. Un seul prélat, Modoin d'Autun, manqua à cette imposante solennité; une maladie l'empêchait d'y prendre part. L'Eglise d'Occident était ainsi convoquée dans des conciles nationaux par le pape Eugène II, qui voulait transmettre aux empereurs iconoclastes de Constan-

Page 1