CHAPITRE III
tinople l'attestation unanime de la foi latine au sujet du culte des images. Le point dogmatique fut soumis à une discussion rigoureuse ; et quand la vérité eut été établie, les vénérables prélats rédigèrent en commun l'expression de leur foi, dans une lettre adressée par eux au Souverain-Pontife. Voici leurs paroles : « Il » nous faut reprendre de plus haut, pour mieux dé- » montrer la vérité de la tradition et la tradition de la » vérité. Cette vérité nous a été transmise par nos » Pères, et elle est arrivée en droite ligne jusqu'à » nous, depuis le bienheureux Denys, envoyé dans les » Gaules par le bienheureux Clément, premier suc- » cesseur de Pierre, apôtre. Il vint dans notre pays » prêcher la foi, avec douze autres compagnons, qu'il » répartit dans les diverses provinces des Gaules, et, » après avoir annoncé pendant quelque temps l'Evan- » gile en ce pays, il reçut la couronne du martyre1. »
15. Cette lettre est parfaitement authentique. Tous Discussion les évêques de France attestent, en 825, qu'ils tiennent témoignage, leur doctrine par la tradition descendue en droite ligne de saint Denys envoyé à Paris par le pape Clément. Qui leur a enseigné cette date? Est-ce Hilduin, qui n'a
1 Nec vobis tœdiuni fiât, si ad ostendendam rationem veritatis, veritatemque rationis sese paulo longius sermo protraxerit : dummodo lineâ veritatis, quse ab antiquis Patribus nostris usque ad nos infiexibiliter ducta est , B. Dionysio scilicet, qui a S. Clémente, qui beati Pétri apostoli in apostolatu primus ejus successor extitit, in Gallias cnm duodenario numéro primus prsedicator directus, et post aliquod tempus una cum sociis hue illucque prsedicationis gratiâ dispersis , martyris coronatus est. (Baron, ad ann. 825. — Mabill., Vetera Analecta, p. 223.) — Mabillon relève en ces termes la valeur de ce témoignage en faveur de la mission de saint Denys par le pape saint Clément : Cujus rei luculentum habemus testimonium Galliae episcoporum in frequenti conventu apud Parisius de cultu sacrarum imaginum, anno 825.
rien écrit encore sur ce sujet, et dont la fameuse lettre sur saint Denys ne sera publiée qu'en 837? D'ailleurs Hilduin soutenait l'aréopagitisme. Il en fut même, au dire de Launoy, l'inventeur. Si le concile de Paris eut agi sous l'influence d'Hilduin, les évêques n'eussent pas oublié d'ajouter au nom de Denys le titre d'Aréopagite. Ils n'en font rien pourtant, et ils se contentent de rappeler ce que les Actes du cinquième siècle, l'hymne de Fortunat du sixième, les Gesta Dagoberti du septième, les diplômes royaux du huitième avaient successivement transmis à la mémoire des générations. Leur lettre synodale n'a pas le caractère d'un témoignage isolé, et c'est un point que nous ne pouvons laisser dans l'ombre. Les conciles, comme toutes les grandes assemblées délibérantes, n'adoptent un texte collectif et ne le sanctionnent par leurs suffrages qu'après une discussion minutieuse, où chaque parole a été l'objet d'un examen détaillé et d'un contrôle sévère. Qu'on prenne par exemple le texte d'une adresse votée par une de nos chambres, sous un régime parlementaire, et on aura un terme de comparaison assez exact pour la lettre synodale de 825. Le concile de Paris délibérait avec la plénitude de sa liberté sur un point dogmatique. L'empereur Louis-le-Débonnaire , qui venait en 822, à la diète d'Attigny-sur- Aisne, de faire amende honorable à ses sujets révoltés, et de livrer ainsi la pourpre de Charlemagne au farouche dédain de peuples encore barbares, n'était pas homme à peser sur les pacifiques discussions des conciles, et à leur imposer, comme Constance ou Valens, des articles de foi. Nous pouvons donc affirmer que si jamais concile fut dégagé des entraves d'un pouvoir ombrageux et dé-