CHAPITRE IV
était beaucoup plus rapprochée des auteurs que nous venons de citer , et leur était mieux connue même que celles de Domitien et de ïrajan. Cependant ils n'hésitent point dans leur témoignage. C'est le pape Clément 1 qui envoie saint Denys dans les Gaules. L'Orient a retenu ce nom ; saint Denys est martyrisé à Paris , à la fin du premier ou au commencement du deuxième siècle, mais il a été envoyé par saint Clément.
5. On s'attend bien à rencontrer ici l'objection de Launoy ; elle est facile à prévoir, et plus facile encore à réfuter. Il rejette tous les témoignages grecs que nous venons de rapporter, parce qu'ils sont tirés d'Actes où l'aréopagitisme est nettement affirmé. Or, l'aréopagitisme, dit Launoy, est une fable ; donc les monuments grecs qui l'enseignent unanimement sont sans aucune espèce de valeur. Que l'aréopagitisme soit ou non une réalité , nous ne nous en occupons pas ici , et cette question sera présentée sous toutes ses faces dans les chapitres suivants. Pour le moment, il s'agit de savoir à quelle époque saint Denys fut envoyé dans les Gaules. Toute la tradition grecque répond, sans aucune dissidence, en nommant le pape saint Clément. Plus cette tradition est favorable à l'aréopagitisme, plus elle constate l'impossibilité de la date de 250, qui, si elle eût été jamais admise, aurait, ainsi que nous l'avons
1 Pour prévenir ici une équivoque qui ne pourrait d'ailleurs tromper que des esprits entièrement étrangers à l'histoire ecclésiastique, nous rappellerons qu'il y a , entre Clément Ier et Clément II , un intervalle de 946 ans ! Clément Ier monta sur le siège apostolique en 91 et fut martyrisé l'an 100. Son nom ne fut de nouveau inscrit sur la liste des papes qu'en l'an 1046, où le Saxon Suidger, élu au concile de Sutri, par l'influence de l'empereur Henri III, se fit proclamer sous le nom de Clément II. L'équivoque est donc impossible.
déjà fait observer, réduit à l'état d'absurdité historique toute tentative des inventeurs de l'aréopagitisme. On conçoit dès-lors pourquoi Launoy n'a jamais voulu séparer, dans sa polémique, ces deux faits clairement distincts : l'époque de la mission du premier évêque de Paris, et la question de son identité avec l'Aréopagite. Il les a toujours habilement fondus ensemble, et les a réunis en un faisceau pour les présenter simultanément comme une double supercherie des moines. Ex duobus figmentis ortam habuit areopagitica question Primo fabulati sunt monachi Dionysium a Clémente missum. . . huic figmento aliud inœdificaverunt Dionysium a Clémente missum areopagitam esse 4.
Mais s'il répudie ainsi, par cette fin de non recevoir, tout l'ensemble des monuments de l'Eglise grecque, trouvera-t-il du moins dans ceux de l'Eglise latine , et dans les Actes de saint Denys , qui nous viennent de cette source , quelques témoignages favorables à cette date de 250, dont il fait honneur à saint Grégoire de Tours? Nous allons examiner cette question. Actes îatias 6. Les textes connus des Actes latins de saint Denys Manuscrits de^lu appartiennent à deux rédactions différentes : 1° Ceux
Bibliothèque im- . . . t
périaie de Paris, qui reproduisent les Actes cites comme authentiques par
Leur témoignage . 1 , . ,
au sujet de l'é- les Bollandistes, et qui sont désignes dans le monde
poque de la mis- 71 u
ïSeïlys de saint savant sous Ie norn de Fortunat. Ces Actes ne parlent point explicitement de l'aréopagitisme2. 2° Ceux qui reproduisent un texte , regardé comme apocryphe par les Bollandistes , et qu'ils ont publié d'après cinq ma-
1 Launoii, Opéra omnia, édit. de Genève, 1738, in-fol., t. II, part. 1, pag. 587.
2 Nous publions in extenso le texte de ces deux groupes distincts des Actes de saint Denys à l'appendice, n»s 1 et 2.