‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 65 sur 160 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

» tife romain Clément dans les Gaules , pour exercer » le ministère de la prédication 9 au milieu des popu- » lations étrangères à la foi du Christ, parvint enfin » jusqu'à la cité des Parisii. Après avoir, durant quel- » ques années poursuivi son œuvre sainte avec ardeur » et fidélité, il fut emprisonné par ordre du préfet » Fescenninus Sisinnius. Le saint prêtre Eleuthère et » le diacre Rustique furent saisis avec lui. Le glaive » termina leur martyre *. »

Un autre exemplaire manuscrit du Martyrologe de Bède , cité dans l'édition de Bollandus, porte cette variante finale : « Après d'incroyables tortures, ils eurent » la tête tranchée d'un coup de hache , sous le règne » de l'empereur Domitien 2. » — Rien n'est plus clair ni plus précis que ce témoignage. Sous le règne de Domitien (81-96), Denys, envoyé à Paris par le Souverain-Pontife saint Clément (90-100 ), est mis à mort pour la foi de Jésus-Christ par le préfet des Gaules Fescenninus Sisinnius. Bède était certes, en 730, parfaitement désintéressé dans la question de l'aréopagitisme, qui ne fut l'objet du livre d'Hilduin qu'en 837. Il ne pouvait deviner alors les controverses soulevées en 1650 par Launoy; et l'on ne voit guère moyen de

1 VII ldus octobris, apud Parisiurn, natale sanctorum martyruin Dkmysii episcopi, Eleutherii presbyteri, Rustici diaconi. Qui beatus episcopus a pontifiei Clémente Romano in Galliam directus, ut preedicationis operam populis a fide Ghristi alienis exhiberet, tandemque ad Parisiorum civitateni devenit, et per annos aliquot sanctum opus fideliter et ardenter exsecutus, a prsefecto Fescennino Sisinnio comprehensus est; et cum eo sanctus presbyter Eleutherius, et Rusticus diaconus, gladio animadversi, martyrium compleverunt. (Bed., Martyrol. — Patrol. lat., t. XGIV, col. 1057.)

2 Qui post nimia tormenta securibus submiserunt colla , tempore Domitiani principis. (Ibid., ad notas.)

le soupçonner, à dix siècles d'intervalle, d'une connivence anticipée pour un parti qui n'existait pas encore. Cependant il désigne le pape saint Clément et la date de Domitien, sans hésitation, sans scrupule, malgré la parole de Grégoire de Tours , qu'on ne l'accusera pas d'avoir ignorée.

Veut-on savoir ce qu'il en coûte à Launoy pour se débarrasser de ce texte incommode? Une seule ligne lui suffit, et nous la citons dans toute sa naïveté : Neque hic remorari te débet démentis nomen, quod exscriptores, ex vulgi credulitate, addiderunt 4. « Ce nom de » Clément, que vous rencontrez ici, ne doit pas vous » arrêter. Il a été ajouté par les copistes, qui se sont » laissés entraîner par la crédulité vulgaire. »

Toujours une falsification. Où en est la preuve? Cette fois cependant , Launoy se prend à son propre piège. Les copistes ignorants qui ont dénaturé , d'après lui, le texte de Bède , ont cédé à la croyance vulgaire de leur temps. Mais , en 730 , d'où pouvait venir cette opinion vulgaire , si aucun des témoignages antérieurs que nous avons reproduits , et dont Launoy nie l'authenticité, n'existait encore? Etait-ce donc la parole de Grégoire de Tours fixant au règne de Dèce (250), la venue de saint Denys à Paris, qui avait enseigné au public d'alors le nom de saint Clément , comme celui de l'auteur de cette mission dans les Gaules ? Une tradition s'établit d'abord sur des monuments. S'il n'existait pas, en 730, de monuments antérieurs au sujet de l'époque de la mission de saint Denys par le pape Clément, cette tradition n'avait pu prendre naissance. Or,

1 Launoii, Opéra omnia. Edit. in-fol., Genève, 1731, t. II, pars la, p. 540.

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