CHAPITRE IV
d'après Launoy, non-seulement cette tradition existait à l'état de préjugé vulgaire ? puisque les copistes infidèles du Martyrologe de Bède l'ajoutent , de leur propre autorité , au texte de son ouvrage , mais encore elle devait être alors universellement répandue , puisque les manuscrits de Bède , qu'on retrouve en grand nombre en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne aussi bien qu'en France, portent tous ce nom de Clément , sur lequel il nous faudrait si légèrement glisser. Les copistes ignorants, qui se sont laissés entraîner par la crédulité vulgaire, ont donc trouvé cette tradition établie dans ces divers pays. Enfin , il faut bien le dire, il n'y a pas un seul manuscrit du Martyrologe de Bède qui soit exempt de cette prétendue addition. Si Launoy en eût cité un seul , il serait en droit de demander qu'on discutât sérieusement son objection. Jusque-là nous lui renvoyons son affirmation dénuée de preuves, comme un argument sans portée.
Un demi-siècle environ après le vénérable Bède , Raban-Maur, l'élève d'Alcuin , l'héritier des traditions de l'école de Charlemagne, qui porta sur le siège archiépiscopal de Mayence une illustration attestée par tous ses contemporains, et consacrée par le suffrage de l'histoire, écrivait, dans son Martyrologe : « Le YII des » Ides d'octobre , à Paris , passion de l'évêque et martyr » Denys, de Rustique, prêtre, et d'Eleuthère, diacre, » qui avaient été, au rapport de la tradition, envoyés » par le pape Clément dans cette ville , et y furent )> martyrisés 4. »
1 VII Idus octobris, in Parisio, Passio Dionysii episcopi et martyris, Rustici presbyteri, et Eleutherii diaconi, quos refermât a Clémente missos, et ibidem martyrisatos. (Raban-Maur., Martyrol., mens, octob.)
valeur 9. Qu'on s'arrête un instant à la valeur intrinsèque
intrinsèque > A
de* des martyrologes. Ce sont, avons-nous dit. des calen-
martyrologes. / /
1 deTeurï6 driers ecclésiastiques où sont insérées à leur date les dantmiaigqnuegsetion ^es des samts , avec la brève indication du lieu et de présente. l' époque de leur mort. Un martyrologe n'est donc pas seulement l'œuvre individuelle de l'auteur dont il porte le nom. Il est plutôt l'ensemble collectif des traditions en vigueur dans chaque Eglise, sur les saints qui y sont particulièrement honorés. Cette collection a été coordonnée par tel ou tel écrivain; mais le fond même de l'ouvrage est antérieur à cet écrivain et complètement indépendant de lui. Un exemple fera mieux saisir notre pensée. Si un hagiographe moderne publiait en ce moment un martyrologe où il fixerait la mort de saint Irénée à l'empire de Dioclétien, quelle valeur son livre aurait-il, quel crédit pourrait-il prendre dans l'opinion publique ? Evidemment le clergé de France , d'Italie, d'Allemagne, du monde entier protesterait contre cette imagination de l'auteur. Et sur quoi s'appuierait cette protestation? Sur la tradition unanimement contraire de tous les siècles. Or, ce qui se produirait, dans cette hypothèse , se fût produit de même , et avec une énergie beaucoup plus vive encore, à l'époque de Bède et de Raban-Maur, si ces écrivains, quelque vénérable que fût leur autorité, eussent inséré dans leur martyrologe, à propos de saint Denys, une date qui eût été contredite par la tradition. Nous disons que l'opposition se serait , dans ce cas , produite avec une énergie beaucoup plus vive , parce que les martyrologes n'étaient pas seulement un livre d'érudition destiné aux bibliothèques des savants ; ils faisaient partie de la liturgie ; leur notice quotidienne