‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 67 sur 160 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

était chantée chaque jour à l'office public, non-seulement dans les couvents, mais dans les basiliques que la foule des fidèles remplissait d'une piété vigilante et attentive. La langue latine , dans laquelle ils étaient rédigés, était comprise par le peuple; les fêtes des saints patrons étaient des époques solennelles où la foi se retrempait dans les exemples de leur vie ; et leur histoire était connue de tous. Donc, quand le vénérable Bède, ou Raban-Maur, donnaient leur nom à des martyrologes collationnés par eux, ils n'étaient pas libres d'inventer une rédaction nouvelle contre laquelle tous leurs contemporains eussent protesté ; et s'ils invoquent la tradition, c'est parce qu'elle était vivante, admise et proclamée de leur temps. Leurs témoignages n'ont donc pas seulement une autorité individuelle, ils sont des monuments traditionnels, apportant la croyance de toute une époque.

Mais, en 730, temps où florissait le vénérable Bède, il n'y avait que 136 ans d'écoulés depuis la mort de Grégoire de Tours (594). Si donc, en 730, il existait une tradition universelle et de notoriété publique établissant l'époque de la mission de saint Denys, au premier siècle, cette tradition devait remonter au moins à 136 ans; autrement elle n'eut pas mérité ce nom. Qui dit tradition, implique l'idée d'un enseignement transmis de génération en génération. Deux sexagénaires pouvaient former la chaîne entre saint Grégoire de Tours et le vénérable Bède. Nous sommes ainsi amenés à reconnaître qu'à l'époque de Grégoire de Tours, et au moment même où cet historien écrivait la phrase si mal interprétée qui a donné lieu à tant de controverses, la tradition des Eglises de Gaule était

formelle en faveur de l'apostolicité de nos origines chrétiennes. La vérité se fait jour par tous les côtés dans cette question qu'on a pris plaisir à surcharger d'obscurités et de nuages.

Martyrologes 10. Ce que disent les Martyrologes de Bède et de et d'usuard. Raban-Maur, se retrouve dans celui d'Usuard à la date

Objection

que deleu? tire e^ °~'Adon Vienne, à la même époque,

RéSkfn' toutefois avec une réticence dont Launoy espéra d'abord tirer grand parti. Voici le texte d'Usuard : « Le VII des Ides d'octobre, à Paris, fête des saints » martyrs Denys, évêque , Rustique, prêtre , et Eleu- » thère, diacre. Le bienheureux évêque, envoyé dans » les Gaules par le pontife romain pour y prêcher » l'Evangile, parvint dans cette ville, où il exerça avec » ardeur le ministère qui lui avait été confié. Enfin » arrêté avec ses compagnons par le préfet Fescen- » ninus, il reçut la couronne du martyre l. » Ainsi parle Usuard.

Adon de Vienne se sert à peu près des mêmes expressions2. « Le VII des Ides d'octobre, à Paris,

1 VII Tdus octobris. Apud Parisium , natalis sanctorum martyrum Dionysii episcopi, Rustici presbyteri et Eleutherii diaconi. Qui beatus episcopus a pontifice romano in Gallias praedicandi gratiâ directus , prsefatain urbem devenit, ubi per aliquot annos commissum sibi opus ardenter prosequens, tandem a preefecto Fescennino, una cum sociis gladio animadversus martyrium comple vit. (Usuard., Martyrol., mense octobr. — Patrol. lat., t. CXXIV, p. 555-556.)

2 VII Idus octobris. Apud Parisium, natalis sanctorum martyrum Dionysii episcopi, Eleutherii presbyteri, et Rustici diaconi ; qui beatus episcopus a pontifice romano ad Gallias directus , ut praedicationis operam populis a fide Ghristi alienis exhiberet, tandem Parisiorum civitatem devenit, et per aliquot annos sanctum opus fideliter et ardenter exsecutus, a preefecto Fescennino Sisinnio comprehensus, et cum eo sanctus presbyter Eleutherius et Rusticus diaconus, gladio animadversi, martyrium compleverunt. (S. Adon. Vieil. Martyrol., mense octobr. — Patrol. lat., t. CXXIII, p. 375.)

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