CHAPITRE IV
inutile. Mais, en somme, quand nous voudrions bien lui faire grâce et de cette variante significative , et de cet argument tiré du nom du préfet des Gaules, en quoi les Martyrologes d'Adon et d'Usuard pourraientils servir sa thèse? Il est vrai qu'ils ne nomment point le pape Clément, mais ils n'en désignent non plus aucun autre. Ils n'indiquent pas la date du premier siècle comme celle de la mission de saint Denys, mais ils se taisent également sur celle de 250, que Launoy voudrait faire prévaloir. La seule conclusion qu'il serait légitime de déduire de leur témoignage , dans la rigueur de l'hypothèse , se réduirait donc à celle-ci : Le nom du Souverain-Pontife, auteur de la mission de saint Denys, étant omis par Adon et Usuard , ainsi que la date du martyre de cet évêque, leur témoignage ne peut être invoqué ni pour ni contre, dans la question.
11. Il reste donc établi que , dans toute la série des Martyrologe
, 1 1 romain. Edition
monuments, des témoignages, des Actes, et des Mar- deGaiésini,
' 7 de Grégoire XIII,
tyrologes, l'époque de Dèce ne se rencontre pas une y^™'^ seule fois assignée à la mission de saint Denys dans les témoignage. Gaules. La question étant ainsi posée, nous demanderons à tout lecteur de bonne foi si la seule autorité du texte de saint Grégoire de Tours suffisait pour déterminer l'Eglise romaine à réformer sa tradition sur ce point, à sacrifier un ensemble aussi compacte de faits et de preuves identiques. L'Eglise romaine, de temps immémorial, était en possession d'un Martyrologe ; et si nous n'avons pas encore cité ce monument vénérable, c'est parce que nous ne voulions pas donner à notre argumentation l'apparence d'une pétition de principe, en nous appuyant sur un témoignage contesté. Mais
maintenant, après les citations nombreuses et toujours uniformes d'autorités, d'origine et de dates différentes, il nous est permis enfin de produire à leur tour ces textes augustes.
Voici donc ce que les diverses éditions du Martyrologe romain nous apprennent de saint Denys , premier évêque de Paris , et de l'époque de sa mission dans les Gaules.
L'édition de Galésini, publiée à Milan (1578), s'exprime ainsi : « Le VII des Ides d'octobre, fête des » saints Denys, Rustique et Eleuthère, martyrs.... » Saint Denys fut envoyé par le pontife Clément , dans » les Gaules. Il convertit , à Paris , un grand nombre » d'infidèles à la religion de Jésus-Christ. Saisi avec » ses compagnons, le prêtre Rustique et le diacre Eleu- » thère, par ordre du gouverneur Fescenninus, il fut » battu de verges et soumis à divers supplices ; enfin » la hache du bourreau trancha sa vie en lui donnant » la couronne du martyre 4 . »
En 1584 , le pape Grégoire XIII, deux ans après la grande réforme du calendrier, qui devait immortaliser son pontificat , voulut procéder à une édition du Martyrologe romain , faite sous ses yeux , d'après le texte des manuscrits les plus anciens et les plus authentiques du Vatican. Il réclama, pour cette publication, le concours des plus savants paléographes de son siècle.
1 VII Idus octobris, sanctorum Dionysii, Rustici et Eleutlierii, martyrum. A Clémente pontifice praedicationis causa, in Galliam mittitur, ubi Parisiis quoniain multos ad Christi religiouem perduxerat , unâ cum soeiis Rustico presbytère-, et Eleutherio diacono, Fescennii prsesidis jussu primo virgis csesus, post multis etiam cruciamentis affectus, securi demum percussus coronatur. (Galésini, Martyrol. romance Ecclesiœ, Mediolani, apud Pontium Pacificum, 1578. Octobr.)