CHAPITRE IV
pule se présente à notre esprit : nous craignons de paraître avoir trop raison. C'est un tort souvent pour les meilleures causes ; et l'esprit humain est ainsi fait qu'il cherche instinctivement à jeter des voiles sur une lumière trop éclatante. Hâtons-nous donc de dire que la mission de saint Denys par le pape Clément a été démontrée d'une manière incontestable, depuis la mort de Launoy, par Mabillon, le P. Pagi, Noël Alexandre et son savant annotateur Roncaglia. Nous ne revendiquons donc point pour nous-même l'honneur de cette réhabilitation historique. Les savants écrivains que nous venons de citer en eurent tout le mérite. Cependant l'opinion publique a des jours de sommeil comme des jours d'enthousiasme. Pendant soixante ans (1620- 1678), la question avait préoccupé tous les esprits. Quand, dans le courant du dix-huitième siècle, on voulut la reprendre en sous-œuvre, nul n'y prêta plus attention. Les conclusions de Launoy avaient été adoptées ; le siège était fait; et qui se doute aujourd'hui que Mabillon a renversé toutes les attaques du théologien de Coutances; que le P. Pagi, dans son grand ouvrage de critique sur les Annales de Baronius a positivement démontré l'inanité des arguments de Launoy; que Noël Alexandre a rédigé sur le même sujet une longue thèse, à laquelle on n'a encore rien opposé de concluant? Toutes ces dissertations latines sont demeurées du domaine de la science pure ; et le mouvement de l'opinion ne se fit point autour d'elles. Quoi qu'il en soit, après avoir examiné impartialement la première question que nous nous sommes proposée dans ce travail, nous croyons pouvoir formuler ainsi notre pensée :
L'Eglise romaine ne devait ni ne pouvait, en présence d'une telle série de preuves, de témoignages et de monuments, abandonner sa tradition immémoriale au sujet de la mission de saint Denys par le pape Clément. Céder sur ce point à l'engouement momentané de la France pour un système nouveau , qui s'appuyait sur la seule autorité d'un argument négatif, avec lequel on pourrait bouleverser à son gré toute l'histoire, eut été trahir la cause de la vérité dont l'Eglise, mère et maîtresse de toutes les autres, a été constituée la dépositaire.
Telle est la seule conclusion que nous nous permettrons de tirer de tout ce qui précède. Il y a une année à peine, le clergé de Paris, réuni dans la chapelle de Saint -Sulpice pour les pieux exercices de la retraite pastorale , entendait , de la bouche d'un éloquent prélat1, ces paroles, dont le sens, sinon le texte, est encore présent à notre mémoire : « Le dernier mot n'est pas » dit sur les antiques origines de nos Eglises gallicanes. » Elles ont été trop facilement abandonnées ; on y re- » viendra. » Il serait heureux en effet, pour notre patrie , de voir se réveiller au milieu d'elle le mouvement d'une opinion éclairée et savante qui reprendrait la tradition à sa source pour l'étudier sans prévention, et qui rendrait à la croyance de nos aïeux une justice d'autant plus méritée qu'elle aurait été plus laborieuse et plus tardive.
! Mgr. Berthaud, évêque de Tulle. (Ceci était écrit en 1860.)