CHAPITRE V
» récents événements qui ont donné au monde le spec-
» tacle de toutes les vicissitudes humaines. Après que
» Dieu, dans ses jugements, dont nous confessons la
» justice, nous eut visité par ses rigueurs, il étendit
» sur nous le sceptre de sa miséricorde ; c'est aux pieds
» de Fautel de saint Denys, par les mérites et l'in-
» tercession de cet auguste patron céleste, que nous
» avons été rétabli sur notre trône, et que les insignes
» du pouvoir nous ont été rendus par un jugement
» solennel et l'autorité des évêques.
» En conséquence, nous nous adressons à vous, chef
» vénérable du monastère où ce grand saint est ho-
» noré, voulant que tous les faits relatifs à la vie de
» saint Denys, que vous pourrez recueillir soit dans
» les auteurs grecs ; soit dans les livres qu'il écrivit
» lui-même dans sa langue maternelle, et qui ont été
» traduits dans la nôtre par nos ordres et par vos
» soins éclairés; soit enfin dans les textes latins, et
» spécialement dans le livre de sa Passion, et dans les
» chartes très-anciennes des archives de l'Eglise de
» Paris, son siège auguste, que vous avez un jour
» mis sous les yeux de Notre Sérénité, soient rédigés
» par vous en un corps d'ouvrage, selon Tordre
» des faits et des dates; et que ce monument, d'un
» style uniforme, puisse offrir un ensemble complet ,
» quoique abrégé, de son histoire, aux lecteurs qui
» n'ont ni le goût, ni la capacité, ni la patience de faire
» de longues recherches , et servir ainsi à l'édification
» de tous.
» Outre ce récit, nous voulons que vous réunissiez
» en un autre volume , distinct du premier, la vision
» du bienheureux pape Etienne, dans l'église de Saint-
» Denys, telle qu'elle a été écrite sous la dictée du Sou-
» verain-Pontife lui-même, ainsi que les faits qui la
» suivirent; et que vous ajoutiez à cet ouvrage les
» hymnes que vous possédez en l'honneur de ce glo-
» rieux martyr, avec l'office des matines de sa fête.
» Vous nous ferez parvenir le tout, ou vous nous le
» présenterez vous-même, le plus tôt qu'il vous sera
» possible, correctement et distinctement transcrit1.
» Ce nous sera partout un gage précieux de la pro-
» tection de saint Denys, de pouvoir ainsi jouir en
» quelque sorte de sa présence , et de nous entretenir
» avec lui, de lui et de ses actions, dans nos prières ,
» nos conversations et nos lectures.
» Salut dans le Christ. Homme de Dieu, souvenez-
» vous toujours de nous dans vos prières 2. »
calomnies 4. Hilduin, à qui ce rescrit impérial était adressé, et
de Launoy , . *
contre dont le nom reviendra si fréquemment sous notre
Hilduin. 1
plume, fut une des grandes figures historiques du neuvième siècle. On ne s'en douterait guère en lisant toutes les injurieuses exclamations que ce nom fait tomber des lèvres de Launoy. « Voilà, s'écrie-t-il en parlant des » ouvrages d'Hilduin, voilà le rêve absurde qu'il a » songé au fond de son couvent î II fait honneur de ses » fantasmagories au pape Clément; niera-t-on l'im- » posture 3 ? »
1 Des deux ouvrages que Louis-le-Débonnaire demandait à Hilduin, un seul est parvenu jusqu'à nous. C'est celui de la Vie de saint Denys, rédigée par Hilduin; le second, c'est-à-dire la Collection des monuments relatifs à l'histoire de ce saint , n'a pas échappé au naufrage du temps. Cette circonstance a merveilleusement servi les adversaires posthumes qui , après dix siècles écoulés , reprochèrent à Hilduin d'avoir inventé gratuitement tout ce qu'il a écrit.
2 On trouvera le texte latin de cette lettre à l'appendice n° 3.
3 Ecce tibi ridiculum somnium , quod in monasterio suo Hilduinus