CHAPITRE V
Ailleurs, toujours avec la même aménité de langage, il reprend : « Son ignorance de notre histoire galli- » cane est-elle assez monstrueuse! Quelle vérité sur » saint Denys et nos antiques origines attendre d'un » pareil écrivain 1 ! »
Hilduin se permet, en citant le texte fameux de saint Grégoire de Tours, dont nous avons discuté précédemment la valeur, une critique pleine de réserve et de modération, qui signale l'erreur historique tout en épargnant le caractère du vénérable écrivain. « Il faut » pardonner, dit-il, à la simplicité du pieux évêque de » Tours. Il a souvent écrit des choses inexactes, mais » il les croyait vraies, il l'a fait sans aucune intention » de tromper, et dans toute la candeur de sa bonne » foi2. » Il n'est guère possible de dire mieux sur ce sujet. Mais Launoy ne l'entend pas ainsi « Simple 3 ! » c'est Hilduin, qui l'est, dit-il. Il est simple, mais à » la manière d'un moine qui intrigue à la cour des » rois, et se mêle de la politique des empires. Quant à » Grégoire de Tours, il est simple par ses vertus , et
somniavit et postea in démentis papse phantasiam transmisit! An negent imposturam! (Launoii Constant., Opéra omnia. Edit. de Genève, in-fol., t. II, pars la, p. 507.)
1 0 portentosam in Gallicanâ historiâ ignorantiam ! A tali scriptore, quee de Dionysio, quœ de rébus antiquis parta expectaretur veritas? (Id. ibid.)
2 Parcendum est simplicitati viri religiosi Gregorii Turonensis episcopi, qui multa aliter quam se veritas habeat eestimans, non calliditatis astu, sed benignitatis ac simplicitatis voto litteris commendavit. (Hilduini, Vita S. Dionysii, proleg. — Patrol. lat., t. CIV, col. 20.)
3 Porro Hilduinum existimamus simplicem, qualis solet esse monachus, qui in aulâ principum versatur, et regnorum negotia procurât. Sed Gregorium simplicem egregiis episcopum, aut, ut Paterculi verbis utar, eminentissimae et nobilissimae simplicitatis virum agnoscimus. (Joannes de Launoy, Dissertationes très , Lutetiœ Parisiorum , typis Edmundi Martini, in-12, mdcli, p. 160.)
» c'est à ce titre seul que nous le reconnaissons pour » un homme d'éminente et héroïque simplicité ! » On ne peut laisser plus clairement entendre qu'Hilduin était un ambitieux hypocrite : un de ces moines ignorants et brouillons contre lesquels il s'est débité tant de calomnies.
5. Voici maintenant ce que l'histoire nous apprend de cet abbé de Saint-Denys. Hilduin, d'une naissance illustre, était frère du comte de Périgueux et d'Angoulême, et allié à la famille royale 4. Elevé à l'école du Palais, fondée par Charlemagne, il fut l'un des plus brillants disciples du célèbre Alcuin2, et s'y lia d'une étroite amitié avec Raban-Maur, Lupus de Ferrières , saint Agobard 3, les hommes les plus distingués de son temps. Toutes les carrières étaient ouvertes à la naissance et au talent d'Hilduin : s'il avait eu l'ambition dont l'accuse Launoy , les armes lui offraient un moyen assuré de la satisfaire , à une époque remplie des grandes expéditions militaires de Charlemagne. S'il avait voulu déployer le génie de l'intrigue et le goût de la politique que le docteur de Coutances lui reproche , il eut trouvé à la cour des emplois considérables; dans les provinces des gouvernements importants ; dans la diplomatie d'honorables missions. Enfin, si les dignités ecclésiastiques eussent été l'objet de ses vœux, il faut reconnaître qu'il ne suivait pas le chemin vulgaire de l'ambition pour les atteindre, car il prit de bonne heure l'habit
1 Hilduinus, illustri génère ortus, utpote qui frater Wigrini, comitis Petragorensis et Engolisinensis, Caroli Galvi propinquit. Gallia christiana. Notitia historica in Eilduinum , inter abbates S. Dionysii. — Patrol. lat., t. GIV, col. 1.)
2 Discipulus Alcuini. (Ibid.)
3 Ibid.