CHAPITRE V
monastique à Saint-Denys, renonçant ainsi à toutes les espérances mondaines dont on suppose que son cœur était rempli. Nous le trouvons en 814, époque de la mort de Charlemagne, simple religieux dans cette abbaye 4 . Après avoir parcouru le cercle des études libérales, qui formait alors l'enseignement classique, il avait choisi, dans la liberté de sa conscience, la voie de l'humilité religieuse, comme celle où Dieu l'appelait. Mais en se faisant moine, il ne donnait pas à Launoy la satisfaction de lui reprocher ce titre comme un brevet d'ignorance. Il était en effet l'héritier de cette brillante période littéraire, inaugurée par Charlemagne, et qui a laissé des traces de lumière et de gloire, trop tôt éteintes sous les ténèbres du dixième siècle. On avait espéré facilement confondre les deux époques ; et à la faveur de cette équivoque, envelopper Hilduin dans le discrédit général d'un temps qui ne fut pas le sien. Dès la première année du règne de Louis-le-Débonnaire , l'élection des religieux ses frères l'appelait, sous le titre d'abbé de Saint-Denys , au gouvernement de ce monastère2. Cette importante fonction va sans doute nous révéler le génie souple et intrigant d'Hilduin; nous allons le voir en profiter pour s'insinuer dans les bonnes grâces du monarque, arriver insensiblement à saisir le timon des affaires. Le premier acte du nouvel abbé
1 Sin minus erat monachus , cum ad S. Dionysii monasterium accessit, in hoc induisse nionachum non incongrue colligitur; ex antiquo Argentolii necrologio , atque etiam Dionysiano, ubi ad decimum kal. decembris. « Beati Dionysii monachus » appellatur (Gall. christ., loco citato.)
2 Eligitur abbas anno 814 ex libro primo de miraculis S. Dionysii, cap i seu 815. Secundum hodiernam inchoandi armi rationem. Gall. christiana, loc. cit.)
de Saint-Denys fut de réclamer contre un droit abusif, introduit par la cour, qui soumettait à un impôt injuste les religieux et le couvent, pendant le séjour de l'empereur au palais de Vernvilla 1 (Verneuil) . C'est encore là une manière bien détournée de servir des projets ambitieux. Cependant les contemporains d'Hilduin , meilleurs juges des faits qui se passaient sous leurs yeux que Launoy n'a pu l'être à huit siècles d'intervalle, rendent à sa vertu, à sa science, à ses hautes qualités des hommages que nous ne pouvons passer sous silence. Raban-Maur, plus tard archevêque de Mayence, en lui adressant son Commentaire sur les livres des Rois, s'exprime ainsi 2 : « La vénération que vous inspirez » est générale ; elle exerce les effets les plus salutaires » sur un grand nombre d'âmes ; et j'adresse à Dieu » de continuelles prières, pour que sa clémence assure » encore de longues années à votre zèle, et le couronne » enfin d'une récompense éternelle dans les cieux. . . Les
1 Hilduino Ludovicus et Lotharius Augusti tribuunt remissionem pensionis annuse ducentoruin vini modiorum, quos quidem primum gratuito Dionysianus abbas occasione cujusdam vini penuriae, ad Vern (Vernvillam) * palatium, dein ex quadaui consuetudine successores persolverant , jam vero regii exactores pro lege et debito censu exigebant. (Gall. christ, loc. cit.)
2 Gum venerationem tuam, sancte Pater , ubique excellentem sentiamus, et pluribus profectuosaui esse compertum habeamus, idi psum ut divina clementia diutius fleri permittat, et novissime aeterna mercede remuneret, assiduis precibus instanter deposcimus .... Nec enim diffido aliquos esse qui suam volentes ostendere peritiam, nostram
reprehensuri sint inertiam Magis vestra eharitate provocabor ad
studium quam illorum detractione et odio deterrebor. Si enim haec parva a vestra grate suscepta fuerint pietate, Domino opitulante , adhuc aliquod utile elaborare et vestrœ sanctitati preesentare conabor. (Rabani Mauri, Commentaria in libros IY regum, Praefatio. — Patrol. lat., t. GXIX, col. 1.)
* Verna Villa. Palais du printemps.