‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 82 sur 160 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

» livres que je vous envoie m'ont attiré quelques cri- » tiques, mais si vous les approuvez, votre charité fera » plus pour m' encourager dans mes études que l'envie » ou la haine ne pourraient faire pour m'en détour- » ner. Si vous accueillez avec indulgence ces modestes » productions, je continuerai, avec la grâce de Dieu, » de travailler sur quelque sujet utile, et je m'em- » presserai d'envoyer ces nouveaux ouvrages à votre » Sainteté. » Louis-le-Débonnaire lui-même, rendant justice à Hilduin, lui avait donné, dès l'an 823, le titre envié d'archichapelain du palais impérial , dignité équivalente à celle de grand-aumônier. Ce choix fut salué par les applaudissements unanimes. Le lendemain de cette nomination, le palais d'Aix-la-Chapelle, où elle avait eu lieu, entendait sous ses voûtes les vers suivants que Walafride Strabon venait de composer à la louange d'Hilduin : « C'est Aaron lui-même qui nous apparaît, au faîte des honneurs ecclésias- » tiques. La robe du grand prêtre hébreu était de » pourpre, et à ses franges étaient suspendues des » grenades et des clochettes d'or. Les grenades sont » l'emblème de la foi d'Hilduin ; ses clochettes d'or » sont les enseignements du salut qu'il fait retentir à nos » oreilles. Père saint, si mes chants pouvaient avoir la » douceur du miel, le parfum et l'éclat des roses, ils » seraient encore indignes de l'éclat de vos vertus 4. »

1 Walafridi Strabonis. Fuld. monachi op. Versus in Aquisgrani Palatio editi. De Hilduino archicapellano. Patrol. lat., t. GXIX, col. 1094. Protinus in magno magnus proeedit Aaron, Ordine mirifico, vestis redimitus honore , Punica tintinnis respondent mala sonoris, Mala fidem, tintinna sonant documenta salutis.

Les modestes habitants du cloître s'associaient à l'expression de la joie publique , et leur témoignage n'est pas moins significatif. Lupus, abbé de Ferrières, écrivait au nouveau dignitaire : « Les souvenirs de notre » vie commune et de notre amitié d'adolescents me » reviennent à la mémoire. Je sais que la noblesse » de votre caractère et la probité de vos mœurs sont » au-dessus des faveurs de la fortune, et résisteront à » ses caresses : je vous écris donc aujourd'hui avec la » même familiarité qui présidait à nos entretiens d'au- » trefois. C'est pour étendre ses bienfaits à un plus » grand nombre, que le Dieu tout-puissant vous confie » la distribution des aumônes royales. Pour moi , » qui vous aime uniquement, et qui n'ai de consola- » tion que dans cette amitié, je compte que la dignité » nouvelle dont vous êtes revêtu vous sera d'autant » plus longtemps conservée que vous l'exercerez avec » toute la charité d'un ministre de Dieu4. » Et quelques années plus tard, ce vénérable ami adresse à Hilduin une autre lettre avec cette suscription : « Au mo-

Si condire meos mellis dulcedine versus, Sancte Pater, posseui, vel decorare rosis , Non haec pompa tamen condigna nitoribus esset, Quos moruin et sensus cuin probitate geris.

(lbid., col. 1098.) 1 Recordans nostri convictus, in vestra adolescentiâ, et initio mese juventutis consuetudinem ; et cogitans quod vestra nobilitas, morumque probitas blandiuientis fortunée nullatenus valeat immutari, quemadmodum tune familiariter loquebamur, ita nunc vobis simpliciter scribo. Omnibus, ut pluribus videtur vestri propositi, in lar-

giendis opibus omnipotens vos Deus prœtulit Nos etiam qui vos

uniee diligimus , et per vos solatium aliquod habituros confidimus , aliquantulam diuturnitatem dignitatis vos possessuros credimus, si vos largitori bonorum omnium dévote submiseritis. ( Lupi abbatis Ferrariensis, Epistolœ. — Patrol. lat., t. GXIX, col. 571-572.)

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