CHAPITRE V
» avec le même détail que pour les apôtres et les mar- » tyrs dont les Actes nous sont le mieux connus. Nous » vous envoyons la copie exacte de ces messes. Leur » texte s'accorde si bien avec celui de la passion de nos » saints martyrs, qu'il est évident que le récit de leurs » derniers combats dût être écrit par des témoins ocu- » laires, pour que le souvenir s'en soit transmis sans » altération dans les offices liturgiques dont nous par- » Ions.
» L'autorité de ces Missels est d'autant plus véné- » rable, que les lettres des papes Innocent, Gélase et » Grégoire, qui exhortent les évêques des Gaules à » inaugurer dans leurs Eglises la liturgie romaine, » nous apprennent qu'à l'époque où ces pontifes écri- » vaient, ces Missels gallicans étaient déjà très-anciens, » et que les messes qui y étaient contenues avaient cessé » d'être en usage pour faire place à des offices plus ré- » cents. Nous accédons d'autant plus volontiers à ce » témoignage de l'antiquité des messes dont il s'agit , » que nous croyons que leur rédaction remonte à une » époque très-rapprochée du martyre de saint Denys.
» Si l'on prenait de ce fait occasion de se scandaliser » de ce que saint Denys et ses successeurs établirent » dans les Gaules une liturgie différente du rit romain, » nous ferions observer qu'ils ne le firent qu'avec l'as- » sentiment de l'Eglise romaine, et que les lettres des » papes citées plus haut le prouvent suffisamment. On » ne s'étonnera pas davantage de voir que nous possé- » dions encore une hymne de saint Eugène de Tolède » en l'honneur de saint Denys, quand il nous reste si » peu de monuments contemporains du saint martyr, » si l'on veut bien considérer que tous ces monuments,
» nous le disons avec une certaine confusion en de-
» mandant grâce pour l'incurie de ceux qui nous
» ont précédé, ont été retrouvés par nous dans un état
» d'abandon qui attestait une grande négligence , et
» qu'il a pu en échapper encore plusieurs à nos re-
» cherches, outre ceux que nous n'avons pas entiè-
» renient déchiffrés.
» Nous éprouvons d'ailleurs un sentiment de sur-
» prise en voyant la légèreté avec laquelle certains
» hommes prétendent que saint Denys de Paris n'a pu
» être l'Aréopagite, et qui s'appuient sur les objections
» suivantes : Le vénérable Bède , disent-ils , dans son
)> Commentaire sur les Actes des apôtres, affirme que
» saint Denys l'Aréopagite fut évêque de Gorinthe et
» non d'Athènes. Ce fut à Corinthe qu'il mourut. Le
» livre de la passion de saint Denys atteste qu'il fut
» d'abord ordonné évêque par saint Clément à Rome,
» avant d'être envoyé par lui dans les Gaules. Enfin
» les Actes de divers saints martyrs des Gaules, mis à
» mort sous différents empereurs, donnent ces illustres
» personnages pour compagnons à saint Denys. C'est
» ainsi que Grégoire de Tours, en lisant la passion de
» saint Saturnin, avait cru pouvoir fixer à la persé-
» cution de Dèce , sous le pontificat de saint Sixte ,
» l'arrivée de Saturnin et des six autres évêques dans
» les Gaules, quoique les passions particulières de ces
» évêques ne s'accordent point avec cette date. »
Hilduin reprend ensuite toutes ces objections, sans en laisser subsister une seule.
« Le vénérable Bède, dit-il, a reconnu lui-même
» son erreur à propos de saint Denys l'Aréopagite, qu'il
» fait évêque de Corinthe, et l'a consignée dans son