‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 88 sur 160 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

» celle que nous avons recueillie sur saint Denys,

» puisque nous l'avons entièrement relevée sur les an-

» ciens monuments conservés dans les archives de

» de l'Eglise de Paris, velut ex prato non Parisiaco

» sed Paradisiaco. Du reste, il faut pardonner à la sim-

» plicité du pieux évêque de Tours. Il a souvent écrit

» des choses inexactes, mais il les croyait vraies; il l'a

» fait sans aucune intention de tromper, et dans toute

» la candeur de sa bonne foi. Or nous avons la preuve

» que ce saint évêque n'apportait pas tout le soin pos-

» sible à s'enquérir de la réalité de certains faits, puis-

» que son contemporain, le docte et pieux Fortunat,

» avec lequel il correspondait fréquemment, nous a

» laissé une hymne à la louange du glorieux martyr

» saint Denys, dans laquelle il rapporte sa mission au

» pape Clément, selon ce qu'il en avait lu dans les

» Actes latins.

» Tels sont, auguste empereur, les monuments rela-

» tifs à votre glorieux patron, que nous transmettons

» fidèlement à Votre Domination. Nous les avons ex-

» traits avec la plus scrupuleuse exactitude des écrits

» d'auteurs véridiques et des pages des historiens. La

» vérité, pour laquelle ce serviteur et ami de Dieu a

» versé son sang, n'a pas besoin d'être appuyée de

» notre part sur une imposture; elle a pour elle la

» confirmation de son propre témoignage, et Fattesta-

» tion d'historiens intègres qui Font consignée dans

» leurs récits authentiques 1 . »

7. Voilà les paragraphes principaux de cette fameuse Reproches

. , adressés par I(

lettre d'Hilduin , qu'on a voulu faire passer pour un p- sirmoad

1 xi qi Launoy au

style d'Hilduin,

1 Nous donnons en entier le texte latin de la lettre d'Hilduin à l'appendice n° 4.

tissu d'imposture, d'ignorance et d'absurdités. Elle est le point départ de la prétendue fiction de l'aréopagitisme qu'on reproche à l'abbé de Saint-Denys. Il était indispensable de la faire connaître avant d'établir un jugement sur elle. Ni Launoy, ni Sirmond qui l'appellent un monument « d'horrible mauvais goût, et » pour le style et pour le raisonnement1, » n'ont pris la peine de la citer. Je ne professe qu'une très-médiocre admiration pour le latin du dix-septième siècle, pour lequel Sirmond et Launoy se piquaient d'un engouement puéril, croyant de bonne foi faire revivre la langue de Cicéron et de Quintilien dans des pastiches plus ou moins laborieusement perfectionnés. Je ne comprends donc pas d'après quelle règle de critique nous serions en droit d'exiger d'Hilduin , qui écrivait sous Louis-le-Débonnaire la langue de son temps, telle que la conquête et l'invasion barbare l'avaient faite, toute l'élégance, tout l'atticisme d'un auteur du siècle d'Auguste. Qu'on veuille bien d'ailleurs comparer la diction d'Hilduin à celle de Raban-Maur, de saint Agobard de Lyon, de Walafride Strabon et des autres auteurs contemporains, et l'on sera bientôt convaincu qu'il ne mérite pas les reproches passionnés qu'on lui adresse. Sa lettre à Louis-le-Débonnaire cite un grand nombre de passages des Pères et des auteurs ecclésiastiques. Les Bollandistes ont vérifié chacune de ses citations, et n'ont trouvé nulle part son érudition en défaut. Mais ici nous n'avons pas à nous préoccuper du mérite litté—

1 Nihil enim, seu verba spectes, seu sententias, Areopagiticis illis horridum magis et insulsum. (J. Sirmondi. Dissertatio in quâ Dyonisii Parisiensis et Dyonisii Areopagitœ discrimen ostenditur. Vaiisiis. Cramoisy, 1741, in-18, p. 29.)

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