CHAPITRE V
raire d'Hilduin. Il s'agit de savoir si cet écrivain a composé une fable tout entière de son invention ; et, dans ce cas , r eût-il écrite en langage cicéronien, elle n'en serait pas moins une fable : si, au contraire, il n'a écrit que des faits appuyés par la tradition alors en vigueur, l'imperfection reprochée à son style ne saurait en rien nuire à la cause qu'il défend.
8. Or nous disons que des preuves intrinsèques tirées Le p. sirmond
affirme
du texte même de la lettre de Louis-le-Débonnaire et qu'miduin
a inventé
de la réponse d'Hilduin qu'on vient de lire, aussi bien i'aréoPaguisme. que des preuves extrinsèques tirées de la tradition antérieure et postérieure à l'abbé de Saint-Denys, établissent invinciblement que la croyance à l'aréopagitisme existait avant Hilduin ; qu'elle ne fut pas et ne put être son invention personnelle, et qu'il est impossible, sous ce rapport, d'être de l'avis du P. Sirmond, dont nous nous faisons un devoir de citer ici les paroles : « La croyance à un seul Denys aréopagite et » évêque de Paris, dit-il, est nouvelle, et c'est en vain » qu'on voudrait la faire passer pour une tradition an- » cienne. Qui donc oserait donner ce nom à une fable » dont l'auteur et le propagateur reconnu est Hilduin, » abbé de Saint-Denys ! Chargé par Louis-le-Débon- » naire de réunir en un corps d'histoire les Actes grecs » et latins de saint Denys de Paris, il composa un ou- » vrage intitulé Aréopagitiques . C'est dans ce livre » que , le premier parmi tous les auteurs, il prétendit » que Denys Aréopagite, évêque d'Athènes, à la nou- » velle de l'emprisonnement de saint Paul son maître à » Rome, quitta sa ville épiscopale , partit pour Rome, » et fut de là envoyé dans les Gaules pour y prêcher la » foi. Il conclut ainsi à l'identité de l'aréopagite et de
» l'évêque de Paris. Pour étayer celte invention, il
» nous cite un Aristarque et un Visbius, auteurs de
» néant, auctores nihili, des chartes très-anciennes ti-
» rées, dit-il, des archives de Paris, et un martyrologe
» remontant, s'il faut l'en croire, à l'époque de Con-
» stantin, qui provient des archives secrètes de Constan-
» tinople, et qu'il met pour la première fois en lumière.
» Quant à Grégoire de Tours, dont le texte lui était
» contraire, il l'accuse de simplicité. Partisans de l'a-
» réopagitisme, demandez un peu à Hilduin pour quel
» motif il donne cette épithète de simple à Grégoire de
» Tours. S'il entend par là que ce saint évêque aimait
» à dire la vérité simplement et sans fard, j'accepte le
» mot. C'est un honneur pour Grégoire de Tours, et
» non une injure. S'il veut au contraire désigner un
» homme crédule, qui se rend peu compte de sa foi et
» de la vérité des faits qu'il expose, je vous le de-
» mande, qui des deux sera le plus simple, de Grégoire
» de Tours ou d'Hilduin? Hilduin, dis-je, qui écrit les
» choses les plus incohérentes, les plus contradictoires,
» qui compte tellement sur la niaiserie de ses lecteurs
» [tam bardos lectores suos existimarit) qu'il fait partir
» saint Denys d'Athènes, sous Néron, et ne le fait arri-
» ver à Rome que dans la dixième année de Domitien,
» c'est-à-dire après vingt-cinq ans de navigation ! Tout
» son livre est plein d'inventions de la même force.
» Car, et sous le rapport du style, et sous le rapport
» des faits, il n'y a rien de plus barbare et de plus in-
» sensé que ces aréopagitiques 4. » Le passage de Sir^
1 Notitiam, eoque nullaua , unicum Dionysium affirmantium , quam pro traditione venditant expendemus. Quis enim hoc nomen jure tribnat fabulee, cujus auctor et incentor Hilduinus sancti Dionysii