CHAPITRE V
» par des interprètes, sous votre direction éclairée. » Quod ex libris ab eo patrio sermone conscriptis et Auctoritatis Nostrœ jussione, ac tuo sagaci studio, interpretumque sudore in nostram linyuam explicatis, huic negotio inseri fuerit congruum. Les ouvrages composés en grec par saint Denys de Paris, traduits par ordre exprès de l'empereur, sous la direction d'Hilduin, quels sont-ils? On n'a jamais entendu parler des écrits grecs laissés par un Denys , évêque de Paris, différent de l'Aréopagite. Et si Louis-le-Débonnaire entend désigner par là les ouvrages de l'Aréopagite, il devient évident, qu'avant toutes les recherches d'Hilduin, Louis-le-Débonnaire croyait déjà à l'aréopagitisme, puisqu'il indique ces livres comme la source où l'on devait puiser pour avoir des renseignements authentiques sur la vie de saint Denys de Paris. Or il est incontestable que l'allusion faite ici aux livres composés par saint Denys lui-même dans sa langue maternelle, se rapportait expressément aux ouvrages de l'Aréopagite. Ce fait va être pleinement confirmé par un incident historique du règne de Louis-le-Débonnaire. Au mois de septembre de Fan 824, ce prince reçut à Compiègne les ambassadeurs de Michel II (le Bègue), empereur de Constantinople1. Suivant l'usage du temps, les députés orientaux lui offrirent, de la part de leur maître, divers présents. « Les envoyés de Michel, dit » Sigebert de Gemblours, entre autres présents, appor-
1 « Au mois de septembre que l'empereur estoit à Compiègne, vin- » drent à court les messages Michiel, l'empereur de Constautinoble. » Les grandes Chroniques de France , selon que elles sont conservées en l'église de Saint-Denys en France, publiées par M. Paulin Paris, de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 1837, t. II, page 358.)
» taient à Louis-le-Débonnaire les ouvrages de saint » Denys l'Aréopagite, et ses livres intitulés : De hierar- » chiâ, qui furent traduits en latin par ordre de l'empe- » reur. Les ouvrages envoyés à Paris y furent reçus avec » une vive allégresse, la veille même de la fête de saint » Denys. La puissance du saint martyr augmenta encore » la joie publique, en rendant, dans cette même nuit, » la santé à dix-neuf malades 1 . » Ce témoignage établit péremptoirement qu'en 824, Louis-le-Débonnaire avait reçu d'Orient, et fait traduire en latin les ouvrages de Denys l'Aréopagite : et pour prouver que c'était bien à ces ouvrages qu'il fait allusion, en 836, dans sa lettre à Hilduin, il nous suffit de rappeler la réponse de ce dernier : « Quant aux ouvrages de saint Denys, dit-il, » écrits par ce martyr dans sa langue maternelle , tous » les lecteurs peuvent en prendre connaissance dans » la traduction faite par votre ordre et dans le ma- » nuscrit déposé dans nos archives. Ces livres authen- » tiques, écrits en grec, furent remis à Votre Gloire, en » audience publique, à Compiègne, par l'économe de » l'Eglise de Constantinople et les autres ambassadeurs » de Michel. Ils parvinrent à notre monastère, la veille » de la fête de saint Denys, et furent reçus par nous » comme le trésor le plus précieux. Comme si ce pré- » sent, cher à notre amour, fût venu du ciel, les béné- » dictions de Dieu le suivirent bientôt, et, dans la nuit
1 Legati Michaelis imperatoris iuter cetera mimera detulerimt Ludowico imperatori libros Dionysii Areopagitse, ab eo conscriptos de Hierarchia, id est de sacro principatu, petente ipso Ludowico de greeco in latinum translatos. Qui libri Parisius in ipso sancti martyris festo missi, cum gaudio suscepti sunt; quod gaudium virtus sancti martyris auxit, decem et novem aegrotis in ipsâ nocte sanatis. (Sigeberti Gemblacensis Ghronica. — Pat roi. lat., t. CLX, col. 157.)