CHAPITRE V
Débonnaire, la croyance à l'aréopagitisme se retrouvait dp|p^p,gq5|efC déjà dans les traditions de la dynastie carlovingienne. Sous le titre de Codex Carolinns, la bibliothèque impériale de Vienne conserve encore le manuscrit original dans lequel Charlemagne prit soin de faire transcrire toutes les lettres apostoliques adressées par les souverains pontifes, sous son propre règne, et sous les administrations précédentes de Charles Martel, son aïeul, et de Pépin-le-Bref, son père. La seizième lettre de ce recueil, envoyée par le pape Paul Ier à Pépin-le-Bref, en 757, s'exprime ainsi : « Pour nous conformer à un » vœu exprimé par Votra Grandeur, qui s'adresse à » nous comme à un père désireux de lui être agréable, » et nous demande de disposer du titre de l'Eglise du )> saint martyr Chrysogone en faveur de votre très- » cher et fidèle prêtre Marin , nous en expédions le )> mandement, signé de notre main, à Votre Grandeur. » Nous lui envoyons aussi des livres, en aussi grand » nombre que nous avons pu nous les procurer, savoir : » L' Antiphonaire et le Livre des Répons, YArs Gram- » matica, d'Aristote, les ouvrages de Denys l'Aréo- » pagite, les livres de géométrie, d'orthographe, de » grammaire 1 . »
1 Per aliaui quippe epistolam suam, a Deo protecta Exhnietas Vestra, sicut certe suo benecupienti patri direxit, quatenns titulum protectoris vestri beati Christi martyris Chrysogoni cum omnibus sibi pertinentibus , dilectisskno atque fidelissimo vobis (alias nobis) Ma-
rino presbytero concedere deberemus preeceptum.... vobis exa-
ratum atque manu nostrà roboratum, per harum latorem direximus Eximietati Vestrae deportandam. Direximus etiam Excellentiae Vestrae et libros, quantos reperire potuimus, id est : Antiphonale et Responsale; insimul Artem Grammaticam Aristotelis; Dionysii Areopagitœ libros ; Geometriam, Orthographiant Grammaticam. (Epist. Pauli I ad Pippinum regem. Codex Carolinus. — Patroi. lat., t. XCVIII, col. 158-159.)
On voit ici poindre pour notre patrie le germe de la restauration des études, développé plus tard à un si haut degré par Charle magne. Pépin-le-Bref s'adresse à Rome, le centre du mouvement littéraire de cette époque, pour en obtenir les éléments des sciences qu'il veut répandre chez les Francs. Mais, à côté des livres de ce genre, qu'il demande à Paul Ier, et qu'il reçoit de ce pontife, les seuls ouvrages dont il se préoccupe, après les monuments liturgiques, sont les écrits de saint Denys l'Aréopagite. Il croit donc, comme le croira plus tard Louis-le-Débonnaire , que le premier évêque de Paris n'est pas différent du disciple de saint Paul. Il serait inexplicable, sans cela, que, parmi tant d'écrits des Pères grecs, dont Rome possédait des exemplaires, les seuls dont Pépin-le-Bref fasse choix fussent précisément ceux de saint Denys l'Aréopagite , dont la célébrité était relativement moindre que celle des œuvres de saint Jean Chrysostome , de saint Basile ou d'Origène, et dont le style, intrinsèquement obscur, devait présenter d'incroyables difficultés d'interprétation aux sujets du premier roi carlovingien. Quand Pépin-le- Bref, en 757, demandait au Souverain-Pontife les ouvrages de saint Denys l'Aréopagite , il entendait donc lui demander les ouvrages de l'apôtre de la France, absolument comme , en 824, quand Louis-le-Débonnaire reçut des ambassadeurs de Michel-le-Bègue les livres de la Hiérarchie , cet empereur n'hésita point à les regarder comme l'œuvre de saint Denys de Paris.
L'invention de l'aréopagitisme remonte donc d'IIilduin à Louis-le-Débonnaire, de Louis-le-Débonnaire à Pépin-le-Bref ; en d'autres termes, cette invention n'est pas le fait personnel d'Hilduin.