CHAPITRE V
12. S'il pouvait rester un doute sur ce point, la réponse de l'abbé de Saint-Denys à la lettre impériale de Louis-le-Débonnaire suffirait à le dissiper. L'aréopagitisme était tellement, en 836, une opinion connue et admise au rang des traditions de notoriété publique, qu'elle avait, dès lors, ses contradicteurs et ses critiques. On ne peut attaquer que ce qui existe, et si l'aréopagitisme fût sorti, seulement cette année, du cerveau d'Hilduin, il n'aurait pu être précédemment l'objet d'aucune discussion. Or, Hilduin, en transmettant à l'empereur l'exemplaire de son ouvrage , immédiatement après sa composition, prend la peine de résumer toutes les objections que l'on avait coutume de faire de son temps contre l'aréopagitisme. On se rappelle ses paroles ; et il est inutile de les reproduire ici. S'il se fût agi, pour Hilduin, de prévenir seulement des contradictions que le nouveau système qu'il allait produire au grand jour ne pouvait manquer de soulever, il se fût servi d'une autre formule pour les combattre. Il en aurait parlé comme on parle d'un futur contingent; mais il n'eût pas signalé les arguments de ses adversaires comme des objections connues, auxquelles la conscience publique était habituée, que chacun avait eu l'occasion d'entendre, et qu'il relève précisément à cause de leur notoriété. Cui velut ex superfluo propter satisfactionem insipientium respondemus . Ce n'est pas là le ton d'un novateur qui veut imposer à la crédulité de son siècle une croyance jusque-là inouïe. Aucune précaution oratoire pour disposer l'empereur à accueillir favorablement la découverte qu'il va lui signaler; aucune trace de l'enthousiasme qu'une découverte de ce genre devait exciter dans l'esprit de son auteur ; pas un mot des
Le texte de la lettre d'Hilduin prouve que cet auteur n'a pas inventé l'aréopagitisme.
inductions qui l'ont amené successivement à ce résultat nouveau et inattendu. Il expose simplement l'ordre de ses recherches, il cite les sources auxquelles il a puisé. Louis -le-Débonnaire lui en avait indiqué quelquesunes; il rend compte de l'usage qu'il en a fait, du parti qu'il en a tiré. Les livres de l'Aréopagite lui étaient spécialement désignés : il note les faits qu'il y a relevés, sans même faire remarquer que cette marche est nouvelle, et que nul , avant lui , n'a songé à étudier les livres de saint Denys l'Aréopagite à ce point de vue. Il n'y a donc pas là une invention d'Hilduin, une découverte inconnue à son temps, un rêve incohérent de l'abbé de Saint-Denys.
impossibilité 13. Pour donner à ces preuves intrinsèques un der-
niorale de cette L A
actid'HnduLpart n*er degré d'évidence, nous allons un instant nous placer dans l'hypothèse du P. Sirmond, et admettre avec lui qu'Hilduin a seul imaginé cette fiction de l'aréopagitisme, que nul avant lui ne l'avait soupçonnée, et qu'il fut le premier à l'enseigner au monde.
Nous supposons donc, comme un fait avéré, que Louis-le-Débonnaire n'a jamais connu la tradition de l'aréopagitisme, lorsqu'il reçoit, en 837, la lettre d'Hilduin : et nous demandons comment l'auteur de cette invention peut avoir l'assurance de lui écrire, dès le début, une affirmation de ce genre : « La noblesse de » la naissance de saint Denys, l'éclat de la haute ma- » gistrature qu'il remplît à Athènes, nous sont attestés » par les Actes des apôtres et les autres histoires ; les » siècles passés et le nôtre en sont assez instruits *. »
1 Génère siquidem eum nobilissimuni et pliilosophiœ magisterio insignem apud Athenas claruisse , et aliarum historiarum , et Actuum apostolorum testimonio, ssecula prisca seu instantia cognoverunt. (Hilduini, Rescriptum ad imperatorem. Voir à l'appendice, n° 4)