‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 95 sur 160 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

— Eh quoi! n'eût pas manqué de répondre Louis-le- Débonnaire, vous me parlez de saint Denys l'Aréopagite, quand je vous demande l'histoire de saint Denys de Paris! Les siècles passés pas plus que le nôtre n'ont jamais songé à les confondre. — Et si l'empereur luimême n'eût pas fait cette réponse, croit-on que, parmi les religieux au sein desquels Hilduin venait d'introduire la réforme monastique , il ne se fût pas trouvé mille contradicteurs, qui n'auraient pas eu assez d'anathèmes pour l'audacieux novateur, pour l'ambitieux abbé qui voulait grandir, par une fraude historique, la gloire de son couvent et l'éclat de sa dignité personnelle? Que n'eussent-ils pas opposé de dénégations' à cet autre passage où Hilduin invoque le témoignage des livres composés en grec par son saint patron? — Toute la France croit, l'Eglise tout entière sait, lui eut-on répondu, que saint Denys de Paris n'a jamais écrit d'ouvrages : et vous osez nous donner sous son nom des livres universellement reconnus pour l'œuvre de l'Aréopagite ! Estce ainsi que vous vous jouez des traditions les plus saintes et les plus respectables? Est-ce ainsi qu'après avoir semé le trouble dans les monastères , et violenté les consciences, vous portez le désordre dans l'histoire et renversez les croyances les plus sacrées et les plus authentiques !

14. Mais ce n'est point assez de cette impossibilité impossibilités

L A m matérielles,

morale contre laquelle un imposteur eut vainement lutté. Il y a d'autres impossibilités matérielles qui eussent écrasé son système aussitôt qu'il l'eût voulu produire.

« Je vous envoie, dit Hilduin à Louis-le-Débonnaire, » l'Epître d'Aristarque , historien grec, au primicier

» Qnésiphore, dans laquelle il décrit la ville d'Athènes » au temps des apôtres, et raconte la naissance de saint » Denys, son éducation, sa promotion à l'épiscopat, ses » prédications, le choix qu'il fit d'un évêque pour le » remplacer à Athènes, son arrivée à Rome. Cette » Epître, que nous adressons à Votre Domination, tous » ceux qui désireraient en lire le texte , le trouveront » dans notre monastère i. » Cet Aristarque, cet auteur de néant, comme dit le P. Sirmond, Hilduin ne se contente pas de le citer [on pourrait, dans ce cas, admettre ou non son témoignage ] , il en envoie le texte à Louisle-Débonnaire. Mais ce texte il l'avait fabriqué luimême, dit Launoy. Soit; mais comment ose-t-il alors inviter tous ceux qui voudront en prendre connaissance à venir examiner l'original dans son monastère? Il n'est pas besoin d'être un grand clerc pour distinguer un manuscrit écrit d'hier, d'un manuscrit de cent ou deux cents ans. D'habiles copistes, reprend Launoy, avaient, sous ses ordres, contrefait l'écriture et donné à ce prétendu Aristarque l'apparence d'un auteur ancien. Ainsi Hilduin aura employé dans son couvent des mains étrangères pour préparer ses falsifications. Il aura donné contre lui cette arme à ses adversaires, et, à l'instant où ses pieuses réformes lui ont suscité des ennemis nombreux, ardents, passionnés, il ne s'en trouvera pas un pour lui jeter à la face cette écrasante accusation de faussaire !

D'ailleurs la supposition d'écrits qu'on reproche à Hilduin embrasse bien d'autres monuments que cette lettre d' Aristarque. Il lui aurait fallu fabriquer encore

1 Voir plus haut, p. 148-149.

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