‹ Saint-Domingue à la veille de la révolution et la question de la représentation coloniale aux Etats généraux, janvier 1788-7 juillet 1789Chapitre 12 sur 23 · S8 SAINT-DOMINGUE · texte numérisé non relu

S8 SAINT-DOMINGUE

l'absence du sénéchal Busson,par le lieutenant de la sénéchaussée, Ohvier Bocquet deTrévenl(l).

L'assemblée électorale de la province du Sud se tint la dernière aux Cayes le 10 mars. Les commissaires électeurs y alléguèrent les mêmes motifs que ceux du Nord et de rOuest pour s'arroger le droit d'élire leurs représentants . Us choisirent d'abord pour présider la réunion M. Dufourcq, pour secrétaire M. Millet, leur remirent une copie en forme de leurs pouvoirs, puis procédèrent au scrutin secret à la nomination des députés du Sud. Ceux-ci, élus « à la pluraa lité des voix », étaient au nombre de 7, savoir 3 colons résidants et 4 planteurs domiciliés en France. Les premiers furent le chevalier de Loménie de Marmé, Duval de Monville et Gérard cadet. Les 4 derniers appartenaient au Comité colonial de la métropole. Deux d'entre eux, le duc de Choiseul-Praslin et le marquis de Perrigny, avaient déjà été désignés par l'assemblée de l'Ouest. Deux autres, Le Oardeur de Tilly et Bodkin Fitz-Gerald, n'appartenaient h aucune des dopulations des autres provinces. Les élus de la province du Sud, investis des mômes pouvoirs que leurs confrères, reçurent de plus mission de se concerter, aussitôt après leur arrivée en France, avec ceux des provinces du Nord ot de l'Ouest. « pour Iravailler en commun au « cahier général de In colonie^ d'après les instructions dont « ils seraient porteurs ». Ils prôlèrent aussitôt serment, et le Comité des Cayes leur remit une expédition authentique du procès-verbal d'élection (2V

Telle fut l'œuvre des trois assemblées électorales qui

(l) ProrA.s-V(M']>il piroit'/î. — (i) l*roL*ès-v(M'I)al trêleclion des députes (liî la |)arlic (Jti Sud «le Saint-DoiniiiLTde, 10 mars 178Î), Arch. A'at., C. iii,reif. IW (ex'jHMiition autlicntii|iie) — copie Arc/i. Xaf.y B. ÏII, 135.

A LA VEILLK DE LA RÉVOLUTION ir,0

prirent le nom pompeux « (rm.^emblées nationales ^^ réunies aux chefs-lieux des trois provinces. Elles organisèrent des groupements permanents ou consolidèrent ceux qui existaient déjà. Elles formulèrent les vœux de la caste qu'elles représentaient. Elles s'arrogèrent enfin le droit d'envoyer à Versailles une députation dont l'importance numérique dépassait dans d'énormes proportions celle de toutes les provinces de France. Quatre mille blancs s'attribuaient ainsi une représentation aux Etats-Généraux de 37 membres, qui se réduisait, il est vrai, à 31, si l'on déduit les six doubles élections. Seize des députés avaient été pris parmi les planteurs résidant à Saint-Domingue, quinze (en déduisant les doubles élections) parmi les grands propriétaires domiciliés en France ; six de ces derniers avaient reçu un double mandat. Les commissaires du Comité colonial de Paris figuraient tous, sans exception, parmi les élus, et l'on sait quelle était la composition aristocratique du bureau de ce Comité. Ceux qu'on leur avait adjoints dans la députation appartenaient aussi à la meilleure noblesse française.

C'étaient, pour la province du Nord, le marquis de Rouvray, Chabanon des Salines et le comte de Noé. Le premier, Laurent-François Lenoir de Rouvray, d'une famille probablement originaire de Normandie, était maréchal de camp des armées du roi depuis le 9 mars 1788. C'est sans doute sa fille Françoise, mariée au chevalier de Rattimenton, qui possédait au Terrier-Rouge une guildiverie et une place à vivres, outre deux maisons au Cap-Français, rue Notre-Dame, le tout valant près de 300.000 fr. (i). Jcan-

(1) Proccs-verbal de Tass. électorale du îâ7 janv. iTSî). — Almaiiaehs royaux de 1789 et 17ÎK).— Etats militaires de Roussel, 1788-178Î). — La

Charles Chabanon des Salines appartenait à une famille créole fort connue au xviii* siècle. Son frère aîné Gui de Chabanon, très répandu dans la société mondaine, avait dû à ses recherches sur la musique et la poésie grecque, à ses vers et à ses livrets d'opéra, de devenir à la fois membre de TAcadémie des Inscriptions et de l'Académie française. Son frère cadet, Charles Chabanon de Maugris, après avoir servi dans la marine^ s'était fait connaître comme traducteur d'Horace et comme mathématicien amateur, après avoir reru les leçons de d'Alembert et de Bezout. 11 avait non loin de Paris une maison de campagne où se réunissait la belle société. Marie-Laurence de Chabanon, une de leurs parentes, avait épousé successivement le marquis de Vézien, puis le brigadier des armées du roi, Bacon de la Chevalerie, et elle possédait à Limonade une sucrerie de 3 millions 1/2 de fr. Malouet, intendant de la marine à Toulon, était devenu leur beau-frère par son mariage avec une créole, Louise Béhotle,et il détenait en commun avec eux, outre la sucrerie de Chabanon, située dans la paroisse de Limonade et estimée 1 million, trois autres propriétés dans les paroisses de Ouanaminthe et de Fort-Dauphin (1).

Le comte de Noé était un autre personnage en vue de la haute noblesse de France. Sa famille, originaire du Haut- Langiiedoc, représentée par un évoque, celui de Lescar, el pnr divers autres membres, le marquis, le vicomte et le chevalier de Noé, qui avaient leurs hôtels à Paris, comptait h la cour comme l'une des plus influentes. Le comte était

Chr^nnvc dos Bois, Dictro de lu Nohlcsso^XVlI, 830. — ElaLs de liquid. de l'ind. (I<'s colons do Saint-I)oinini!:uo, \K\[ .

[[) M. ToiiriHMix, V" Chabanon y Grande Enci/ctop., X, i8l ; l'article Clinhjinoii dos S.diuos inan(|iio. — Mcnioirosdo Malouet, 1, 38; 192. — Etats doli(|uid.dos iiidomiiitôs dos colons do Saint-Dominique, 1828 et 1829. —

maréchal de camp depuis 1780 ; il avait épousé, quatre ans auparavant, la marquise de Boisse, et dans ses alliances Gguraient les Polaslron, les d'Héricourt, les Butler, et le baron de Cetto, de la maison des Deux-Ponts. Sa mère, Marie-Anne Elisabeth de Bréda, lui avait légué des propriétés à Saint-Domingue; les Bréda y étaient possesseurs de sucreries, de poteries, de tuileries, de maisons d'une valeur supérieure à 1 million 1/2 (1).

Quel était le comte de Chabannes, arrivé récemment dans la colonie, quand il y fut élu député de la province de rOuest ? Il est difficile de le savoir. Appartenait-il à rilluslre famille des Chabannes de la Palice, qui avait fourni à l'Etat des maréchaux ? Faisait-il partie de celle des Chabannes de Curlon et de Rocheforten Forez, et peut-on l'identifier avec Jacques-Charles de Chabannes,fils du comte Charles et de Marie de Talleyrand? On ne peut à ce sujet qu'émettre des hypothèses.

On a plus de renseignements sur un autre député, Armand Le Gardeur de Tilly, désigné par la province du Sud. Celui-ci était issu d'une maison normande fixée en Saintonge où elle avait noué des alliances avec diverses maisons nobles du Poitou. Il avait servi dans la marine royale, s'était distingué pendant la guerre d'Amérique, et il y avait gagné les grades de capitaine de vaisseau, puis de contre-amiral, avec les croix de Saint-Louis elles insignes de Tordre de Cinoinnatus. Sa famille était propriétaire d'une caféterie à Port-au-Prince, d'une indigoterie et d'une cotonnerie au Petit-Trou, le tout estimé plus deSOO.OOO fr.(3).

(l)La Chcsnaye des Bois, Dictionn. de la Noblesse XV, 4 et suiv. — Alni. royaux 1789 et i790.— Ktats milit. de Roussel, 1789-90. —Aima nach de Paris, 1785 et sq. — Etats de liquidation, 1830 à 18:54. — {È) La Chesnaye des Bois, Dict.de la Noblesse, IV,453. — (3) De la Moriiicri(',Lu noblesse de Saintonge et

Le comte René-Armand Lev»isseur de Villeblanche, député de la province du Nord, était, comme Le Gardeur de Tilly, ofticier de marine et comme lui né à Rochefort. Plus jeune néanmoins de 16 années, après avoir été major de vaisseau, il commandait comme capitaine la l"compagnie des bombardiers du port militaire de la Saintonge et avait reçu la croix de Saint-Louis, quand il fut désigné pour siéger aux Etats Généraux. Ce royaliste ardent devait hériter aussi, à Saint-Domingue, de propriétés situées au Cap, aux Gonaïves, h Marmelade, d'une valeur de près d'un demi-million(l). De M. de Cottineau, député de la province de rOuest, on ne sait h peu près rien. Doit-il être identifié avec Cottineau de Kerloguen, dont la veuve était copropriétaires de sucreries et d'une caféterie valant 1 .800.000 fr. dans la paroisse de la Croix-des-Bouquets (2)? C'est ce (ju'il est impossible de préciser.

Même obscurité au sujet du chevalier de CourréjoUes, autre député de l'Ouest. Peut-être est-ce le même personnage qu'Auguste-François-Gabriel de Courréjolles, qui laissa h ses deux enfants, entre autres propriétés, une indigoterie et des fours à chaux dans la Plaine du Nord, estimés loO.OOO francs environ (3). On n'a enfin aucun renseignement sur le chevalier de Loménie de Marmé et sur Duval de Monville, députés et planteurs de la province du Sud. Le comte 0' Gorman, collègue des deux précédents, est beaucoup plus connu. D'une famille irlandaise établie on Franco h la lin du xvii^- siècle, comme les Walsh, Victoire

(l'Aunis en iTvSÎ), iii-S-, iSSO. — J)icf. (/es Familles du Poitou,pp. B. Fil- Icau, m, ()ÎM, noiiv. éjit. — Klals do lituiidation des indemnités dc Sainl- Duinitriic, 1S:M el IS3i.

(1) Hoiiiloton, Uol.crt ei ('micfnv, A>/V/. des Parlement,, V,r>24. — Etals d(- li^juidatioii, \H:\0. — {i) Klals dé li(|iiidation, 1832.— (3) Etals de liquidation, 1832.

Arnold iMartin 0' Gorman était le chef de la deuxième branche de sa maison. Il prenait le titre de chevalier, seigneur de Killmore, dans le comté de Limerick. Après avoir servi dans les mousquetaires du roi, il devenait capitaine d'infanterie au régiment de Berwick, puis capitaine de dragons et aide-de-camp du comte d'Argout, gouverneur général de Saint-Domingue. Il avait épousé la fille du chevalier Gauvet, commandant du quartier de Mirebalais, et de ce chef, soit seul, soit avec sa belle-sœur Sophie Gauvet, baronne de Beaumont, il détenait à la Croix-des-Bouquetsune caféterie,une sucrerie, des terrains et des habitations d'une valeur globale voisine de 4 millions (1).

De tous les députés nobles de Saint-Domingue, celui qui devait jouer le rôle le plus en vue à la Gonstituante, à côté de Gouy d'Arsy, fut le marquis Nicolas Robert de Gocherel. Il avait, en 1789, 48 ans. Issu d'une vieille famille ' normande établie en Touraine, puis à Saint-Domingue, il avait hérité de sa mère Madeleine de Basquiat, tante du baron de la Houze, ministre du roi en Danemark, des propriétés que son mariage avec une riche héritière, Françoise Gallien de Préval (en 1769), vint encore accroître. Il possédait aux Gonaïves et à Saint-Marc en caféteries, cotonneries , plantations sucrières près de 1.200.000 fr. Ses filles devinrent, Tune comtesse de Roncherolles, Tautre marquise de Courlebonne, et une troisième marquise de la Marche. Il était en 1789 lieutenant-colonel, après avoir servi comme capitaine de dragons et comme aide-de-camp du prince de Rohan, gouverneur de Saint-Domingue. Il portait aussi les

(1) LaChcsnayc (1rs Bois, XV, 12i. — Ktnts de liiiui(lati\)n, lS:iS. 183:^. — (2) Suint Allais (do). Nobiliaire ( 'nirersel, Vlll, i à <>. — Elals niililairos de Roussel, l7«:>-80. — Eiats d.- li^juid., 18:2!) oi \K\\),

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